Origine et histoire
L’abbaye Notre-Dame-du-Nid-au-Merle, aussi appelée abbaye de Saint-Sulpice-des-Bois, fut fondée en 1112 par Raoul de La Futaie, ancien compagnon de Robert d'Arbrissel, dans l’actuelle forêt de Rennes. Selon la légende, son nom viendrait d’une statuette de la Vierge découverte par un berger dans un nid de merle, et qui revenait miraculeusement à son emplacement d’origine après avoir été déplacée. Le monastère, dédié à Sulpice le Pieux, évêque de Bourges, était initialement un monastère double, accueillant des moines et des moniales sous l’autorité d’une abbesse, suivant la règle de Fontevraud.
L’abbaye connut un rayonnement rapide, avec la fondation d’une trentaine de prieurés en Bretagne, Anjou, Maine, Poitou et Angleterre. Elle bénéficiait de droits de haute justice, possédait des prisons, des halles, et un colombier, et était directement placée sous l’autorité du Saint-Siège. Cependant, son déclin commença après le rattachement de la Bretagne à la France, marqué par des incendies (1556, 1651, 1701), des épidémies comme la peste (1583), et des destructions liées aux guerres de Religion (1595). Malgré des restaurations, notamment sous l’abbesse Marguerite d’Angennes (1609-1662), l’abbaye fut vendue comme bien national en 1796 après la Révolution, puis partiellement démolie entre 1835 et 1902.
Les vestiges actuels incluent le transept roman de l’abbatiale du XIIe siècle, la chapelle Notre-Dame-sur-l’Eau (reconstruite au XVe siècle), la porterie (1423), le logis de l’abbesse, et le moulin (vers 1400). L’abbatiale, d’architecture romane, se distinguait par ses « passages berrichons », rares en Bretagne, permettant d’accéder aux chapelles latérales sans traverser la croisée, réservée aux moniales. Le site abritait également une chapelle sépulcrale, la chapelle Saint-Roul, où reposaient autrefois les fondateurs Raoul de La Futaie et Aubert. Aujourd’hui, les ruines de l’abbatiale et certains bâtiments conventuels, comme l’infirmerie du XVIIe siècle, sont protégés au titre des monuments historiques.
L’abbaye était un monastère double, une particularité héritée des traditions orientales et celtiques, où moines et moniales vivaient séparément sous l’autorité d’une abbesse. Les moniales géraient le temporel, tandis que les moines assuraient les offices religieux. Les prêtres n’avaient pas accès à l’espace de vie des moniales, même pour les sacrements, obligeant les mourantes à se déplacer dans le chœur de l’église. La communauté masculine, installée à 200 mètres de là (la Butte-aux-Moines), a disparu, probablement au XVIIe siècle. L’abbaye fut un lieu de pouvoir, avec des possessions étendues et une influence notable, avant de péricliter à l’époque moderne.
Parmi les abbesses marquantes, Marie de Blois, fille d’Étienne d’Angleterre, est mentionnée jusqu’en 1156, bien que son parcours soit mal connu. Elle aurait fondé un monastère en Angleterre après avoir quitté Saint-Sulpice. Marguerite d’Angennes, abbesse de 1609 à 1662, est célèbre pour avoir restauré une partie des bâtiments après les incendies. La dernière abbesse, Marie Le Maistre de La Garlais, quitta les lieux en 1792 avec 26 religieuses, marquant la fin de la vie monastique sur le site. Aujourd’hui, les vestiges sont partagés entre propriétés privée, départementale et associative, et certains espaces sont ouverts au public.
La statuette miraculeuse de la Vierge, à l’origine de la légende du Nid-au-Merle, a disparu. Les religieuses emportèrent en 1792 une statuette en bois du XVe siècle, aujourd’hui conservée dans l’église paroissiale. L’abbaye, classée monument historique, reste un témoignage majeur de l’architecture romane bretonne et de l’histoire monastique médiévale. Des fouilles archéologiques et des campagnes de restauration ont permis de préserver une partie de ce patrimoine, tout en révélant des éléments comme les sarcophages des fondateurs ou les traces de polychromie dans le transept.
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