Origine et histoire
La chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez est fondée en 1281 par Béatrix de la Tour du Pin, veuve de Guillaume de Roussillon, en mémoire de son époux disparu en Terre Sainte. Ce monastère chartreux, 62e de l’ordre, s’implante dans une région stratégique entre Forez, Dauphiné et Lyonnais, sur des terres appartenant à la famille Roussillon. Béatrix, influente et pieuse, obtient exceptionnellement le droit d’y résider et d’y être inhumée, marquant une dérogation rare à la règle cartusienne.
Le site, choisi pour son isolement dans le Massif du Pilat, devient un lieu de vie monacale pendant près de 500 ans. La communauté, composée d’une trentaine de moines au maximum, vit selon la règle cartusienne, combinant prière et travail. Les bâtiments s’organisent en trois zones distinctes : la cour des frères (vie matérielle), la zone cénobitique (église, réfectoire) et la cour des pères (ermitages). L’église gothique, construite au XIVe siècle, abrite des peintures murales médiévales redécouvertes en 1896.
La Révolution française met fin à la vie monastique en 1792 : les cinq derniers moines sont chassés, et les biens vendus comme biens nationaux. Le monastère est alors loti et transformé en village, une particularité unique au monde. Les bâtiments deviennent des habitations, une mairie (1888) et une école (1839). Aujourd’hui, une cinquantaine de personnes vivent dans l’ancienne chartreuse, tandis que le site, classé et restauré, attire les visiteurs pour son histoire et son architecture préservée.
L’architecture de la chartreuse reflète son évolution sur cinq siècles. La façade fortifiée (XVe–XVIIe siècles), percée de meurtrières en forme de globe crucifère (symbole chartreux), mène à la cour des frères, cœur de la vie matérielle. Le petit cloître du XVIIe siècle, restauré en 2007, dessert l’église aux fresques médiévales et le réfectoire baroque. La cour des pères, autrefois ceinte d’un grand cloître, conserve des cellules des XVIe–XVIIe siècles et un bas-relief représentant un moine méditant sur la mort.
Parmi les figures marquantes, Béatrix de la Tour du Pin (1226–1306) incarne la fondatrice visionnaire, tandis que Thibaud de Vassalieu, diplomate lyonnais, y trouve refuge au XIVe siècle. Dom Polycarpe de la Rivière, prieur au XVIIe siècle, y rédige des ouvrages spirituels avant de diriger d’autres chartreuses. Les peintures murales de l’église, commanditées en l’honneur de Thibaud, témoignent de son influence.
Devenu commune en 1888, le site est aujourd’hui un village de moins de 500 habitants, labellisé parmi les Plus Beaux Villages de France. Géré par l’office de tourisme de Saint-Étienne Métropole, il propose des visites guidées, des événements culturels et des randonnées dans le Parc naturel du Pilat. Son histoire atypique, de monastère à village, en fait un patrimoine vivant et unique.