Origine et histoire
Le château d'Épinac se dresse sur un plateau surplombant la vallée de la Drée, à proximité du bourg d’Épinac en Saône-et-Loire. De l’édifice originel subsistent deux corps de logis aux combles imposants, formant un angle marqué par une échauguette, ainsi que deux des quatre tours d’origine. Une tour carrée massive, haute de quatre étages, ferme le logis au nord-ouest, tandis qu’une seconde tour, plantée en biais au sud-est, abritait probablement l’entrée et commandait un pont-levis aujourd’hui disparu. Les fossés ont été comblés, mais une partie de l’enceinte polygonale, entourant autrefois terrasses et jardins, reste visible. Propriété privée, le château ne se visite pas.
La seigneurie d’Épinac, autrefois nommée Monétoy ou Monestoy, est attestée dès 1209. Une maison forte y est mentionnée en 1326, avant que la lignée des Monétoy ne s’éteigne en 1396 avec Hugues, mort à la bataille de Nicopolis. En 1430, Nicolas Rolin, chancelier du duc Philippe le Bon, acquiert la terre et entreprend d’importantes reconstructions, marquant le début d’une longue possession par ses descendants. Le château change ensuite de mains par héritages successifs : il passe aux Pernes en 1630, puis à la Maison de Clermont en 1641, avant que Louis II de Pernes ne renomme la seigneurie « Épinac » en 1656.
Au XVIIIe siècle, le maréchal Gaspard de Clermont-Tonnerre lance les premières exploitations houillères sur le domaine, préfigurant l’industrialisation locale avec l’installation d’une verrerie. La Révolution française marque un tournant tragique : en 1794, Jules Charles Henri de Clermont-Tonnerre est guillotiné, entraînant la confiscation, le démembrement et la vente des domaines. Deux tours sont alors détruites, avant que Samuel Blum, entrepreneur local, n’acquière les vestiges et n’arrête leur destruction. Au XXe siècle, le château, divisé en habitations et dégradé, fait l’objet de restaurations partielles.
Les archives révèlent une histoire mouvementée, où le château alterne entre rôle de résidence seigneuriale, enjeu héritier, et symbole des bouleversements économiques et politiques. Son architecture actuelle, bien que fragmentaire, témoigne des transformations successives, depuis les reconstructions médiévales de Nicolas Rolin jusqu’aux adaptations industrielles modernes. Les recherches houillères initiées au XVIIIe siècle illustrent par ailleurs le lien entre patrimoine aristocratique et révolution industrielle en Bourgogne.
La bibliographie disponible, notamment la Notice historique sur Épinac d’E. Lavirotte (1855), souligne l’importance locale de ce monument, classé parmi les châteaux de Saône-et-Loire. Son évolution reflète les dynamiques régionales, entre pouvoir seigneurial, mutations foncières et essor minier, tout en incarnant les défis de préservation d’un patrimoine privé fragmenté.