Jean Flotte (capitaine Aurouze) - Chef protestant (mort en 1569)
Prédécesseur de Lesdiguières dans la région.
François Mitterrand - Futur président (1916–1996)
Séjourna au château en 1942–1943.
Origine et histoire
Le château de Montmaur, situé dans les Hautes-Alpes à 15 km de Gap, trouve ses origines au XIVe siècle comme forteresse médiévale. Il fut profondément remanié aux XVIe et XVIIe siècles, notamment en 1590 où ses échauguettes furent remplacées par quatre tours massives, dont deux subsistent aujourd’hui. Le site inclut des bâtiments agricoles (écuries, granges), une courtine à l’ouest, et des salles d’apparat aux plafonds à la française et cheminées Renaissance en gypse. Ses fresques, datant de la Renaissance aux XVIIIe siècle, et ses portes en noyer sculptées en trompe-l’œil en font un joyau artistique. Classé Monument Historique en 1988, il fut racheté en 2006 par le département pour être restauré et ouvert au public.
Le château est indissociable des guerres de Religion qui déchirèrent le Dauphiné. La région, berceau du protestantisme avec des figures comme Guillaume Farel (originaire de Gap) ou François de Bonne de Lesdiguières, vit s’affronter catholiques et huguenots. Les seigneurs de Montmaur, tels Balthazar Flotte de Montauban (décapité en 1614 pour trahison et bigamie), jouèrent un rôle ambigu, changeant de camp selon leurs intérêts. Le traité de Montmaur (1588), signé dans l’enceinte du château, scella une alliance éphémère entre catholiques modérés (représentés par Lavalette) et protestants (Lesdiguières) contre les visées du duc de Savoie et de la Ligue catholique. Ce traité illustre les retournements stratégiques typiques de l’époque, où la loyauté envers la couronne française primait souvent sur les divisions religieuses.
Au XVIIe siècle, la révocation de l’édit de Nantes (1685) provoqua l’exode des protestants locaux, dont beaucoup fuirent vers Genève ou Neuchâtel. Le château, symbole de pouvoir seigneurial, devint aussi un lieu de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1942, le commandant Antoine Mauduit y installa un maquis précoce, accueillant réfugiés, résistants et personnalités comme François Mitterrand ou Serge Klarsfeld. Le site servit de centre de faux papiers et de préparation aux combats de la Libération. Mauduit, déporté en 1944, mourut peu après son retour et fut enterré à Montmaur en 1949.
L’architecture du château reflète ses multiples fonctions : défense (tour dite sarrasine, remparts disparus), résidence seigneuriale (salles d’apparat, escalier d’honneur à colonnes doriques/ioniques), et exploitation agricole (ferme attitrée). La chapelle Sainte-Philomène, proche du village, rappelle l’héritage religieux médiéval, tandis que les vestiges du vieux château (XIe siècle), perché à 1 351 m d’altitude, témoignent des premières fortifications des Montauban. Le site, ouvert au public depuis les années 2000, propose visites, expositions et spectacles estivaux.
La légende d’une origine sarrasine du village, liée à la tour sarrasine, est infirmée par les historiens comme Joseph Roman (1887), qui soulignent l’absence de preuves d’invasions arabes dans les Hautes-Alpes. Le toponyme Montmaur (attesté sous Monsmaurus en 1120) viendrait plutôt du latin mons (mont) et maurus (noir), évoquant une colline sombre. Cette confusion persiste cependant dans la culture locale, alimentée par des récits comme ceux de Gustave Le Bon, qui attribuaient aux Sarrasins une influence durable dans la région.
Aujourd’hui, le château de Montmaur incarne à la fois un patrimoine architectural exceptionnel et une mémoire historique complexe, mêlant pouvoir féodal, conflits religieux, et engagement résistant. Son acquisition par le département des Hautes-Alpes a permis sa préservation, tout en en faisant un lieu de transmission de l’histoire dauphinoise, des barons médiévaux aux maquisards de 1944.
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