Origine et histoire
Le château de Roumégous, situé dans le hameau éponyme sur la commune de La Salvetat-Peyralès (Aveyron), s’élève sur un promontoire triangulaire entre les ruisseaux du Jaoul et du Vernhou, près du Viaur. Son nom occitan, signifiant « lieu couvert de ronces », est postérieur à celui de Cadoule, terre féodale dont il dépendait. Le site, initialement occupé par les seigneurs de Cadolle au XIIe siècle, aurait accueilli une première forteresse vers 1250, après l’abandon de leur château originel, détruit par les Anglais vers 1360 lors de la guerre de Cent Ans. Le traité de Brétigny (1360), faisant du Viaur une frontière entre royaumes de France et d’Angleterre, expliquerait la multiplication des châteaux fortifiés dans la vallée.
Réédifié au XVe siècle, le château de Roumégous fut probablement reconstruit par Lardit de Bar, sénéchal de Rouergue nommé en 1461 et seigneur des lieux à partir de 1462. À sa mort sans héritier, le domaine passa à Antoine de Galand, puis à sa fille Marquèse, qui épousa en 1519 Pierre de Chalon, issu d’une branche bâtarde des comtes de Bourgogne. Cette alliance introduisit les Chalon en Rouergue, famille qui conserva Roumégous jusqu’au XVIIIe siècle. Le château, décrit comme un « manoir » en 1432, servait alors de résidence seigneuriale plutôt que de place forte, malgré ses quatre tours d’angle et sa position stratégique.
Au XVIe siècle, le domaine appartint à Antoine de Chalon, qui rendit hommage au roi Charles IX en 1564 et 1567. Sa fille aînée, Marie-Madeleine, épousa en 1598 Henri de Bourbon, marquis de Malause et protestant converti au catholicisme en 1678. La seigneurie resta dans cette branche des Bourbon jusqu’en 1746, date à laquelle elle fut vendue à Pierre du Truel, seigneur de Lagarde, pour 22 000 livres. La Révolution marqua un nouveau tournant : confisqué et vendu comme bien national en 1794, le château fut acquis par Jean-Pierre Blanquet, dont les descendants en sont toujours propriétaires.
Architecturalement, Roumégous combine des éléments défensifs (tours rondes, fossés) et résidentiels (salle de réception de 12×7 m, escaliers en vis). Dépourvu de meurtrières, il était avant tout une demeure seigneuriale, protégée naturellement par des précipices sur trois côtés. Au XIXe siècle, une partie des structures s’effondra, ne laissant aujourd’hui que des ruines imposantes, dont une tour écroulée et un logis en carcasse. Le site, isolé et en partie envahi par la végétation, témoigne de l’histoire féodale et des mutations sociales du Rouergue.
La tradition orale évoque la résistance du château aux Anglais après 1360, bien que les sources écrites manquent pour confirmer cet épisode. Les archives mentionnent cependant son rôle dans les hommages féodaux, comme celui de Jean Guitard en 1432 aux comtes d’Armagnac, bien que la dépendance exacte de Roumégous vis-à-vis du comté de Rodez reste discutée. Les alliances matrimoniales (Chalon, Bourbon) et les transmissions successorales illustrent l’intégration du domaine dans les réseaux nobiliaires régionaux, entre Rouergue, Albigeois et Franche-Comté.