Origine et histoire
Le château de Saint-Leu, à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d'Oise), était à l’origine composé de deux édifices : le château d’en haut, reconstruit en 1645 par Charles Le Clerc de Lesseville sur l’emplacement d’un ancien château seigneurial des Montmorency, et le château d’en bas, bâti en 1693 pour Lorieul de La Noue, secrétaire du roi. Ces deux propriétés furent progressivement acquises et transformées par des figures influentes de l’Ancien Régime et de l’Empire.
En 1774, le financier Jean-Joseph de Laborde acheta le château d’en bas et y aménagea un parc à l’anglaise, avec rivière artificielle, temple et pont de bois. Il le revendit en 1780 au duc de Chartres (futur Philippe Égalité), qui en fit une résidence estivale pour l’éducation de ses enfants, sous la supervision de la comtesse de Genlis. Après la Révolution, le domaine changea plusieurs fois de mains, notamment via le chevalier de Giac, guillotiné en 1794, puis la famille Homberg.
En 1804, Louis Bonaparte et Hortense de Beauharnais unifièrent les deux châteaux en un seul domaine de 80 hectares, remanié par l’architecte Berthault. Hortense, devenue duchesse de Saint-Leu, y organisa des fêtes fastueuses jusqu’à son exil en 1815. Le domaine fut ensuite acquis par le duc de Bourbon, prince de Condé, qui y mourut dans des circonstances mystérieuses en 1830 (suicide ou accident). Son héritière, la baronne de Feuchères, revendit le château, démoli en 1837 pour raisons financières.
Aujourd’hui, il ne subsiste du domaine que quelques vestiges du parc et un monument commémoratif érigé en 1844 à l’emplacement présumé de la mort du duc de Bourbon. Les gravures de Constant Bourgeois et les récits historiques, comme ceux d’Adolphe de Belleville, témoignent de son prestige passé.
Le château de Saint-Leu illustre les mutations architecturales et politiques des XVIIIe et XIXe siècles, lié à des personnalités marquantes de la noblesse, de la finance et de l’Empire. Son parc, inspiré des jardins anglais, et ses fabriques (vallee suisse, pont du diable) reflétaient les goûts esthétiques de l’époque, avant sa disparition définitive.