Origine et histoire du Château du Fort
Le château du Fort, situé à Chambon-le-Château en Lozère (ancien Gévaudan), est l’un des rares châteaux du XIVe siècle conservés dans le nord du département. L’édifice, de plan quasi carré, s’élève sur trois étages coiffés d’un chemin de ronde à mâchicoulis, flanqué de deux tours circulaires sur sa façade sud. La porte d’entrée, ornée de bossages et d’un fronton interrompu, ainsi que des échauguettes nord, datent des remaniements du XVIIe siècle. Un linteau de cheminée porte la date de 1620, marquant cette période de transformations.
Sous le règne de Louis XIV, le château appartient à Gabriel de Chastel de Pontaut, seigneur du Fort, de Verrières et d’Ancelpont, marié à Marie de Châteauneuf de Randon. Leur fille unique, Gabrielle Félice de Chastel († vers 1695), épouse en 1690 Henri Joseph de Beaumont (1666–1724 ou 1749), neveu de Fénelon, qui devient marquis du Fort. Ce dernier, colonel de dragons et châtelain de Cateau-Cambrésis, hérite des lieux après la mort prématurée de son fils Léon Gabriel, victime de la petite vérole en 1713.
La lignée se poursuit avec la fille d’Henri Joseph, Louise de Beaumont (1723–1779), marquise du Fort, qui épouse en 1740 Jean Antoine de Capellis, marquis d’Avignon et capitaine de vaisseau. Leur fils, Hippolyte de Capellis (1744–1813), émigre en 1792 avant de revenir en France en 1801 après une carrière dans la marine russe. Le château, partiellement inscrit en 1973 puis classé en 1984 pour son salon aux plafonds peints, incarne ainsi cinq siècles d’histoire noble, entre Gévaudan et Languedoc.
Architecturalement, le château conserve des éléments défensifs médiévaux (mâchicoulis, tours) tout en intégrant des ajouts classiques (fronton, échauguettes). Les bâtiments nord, ajoutés au XVIIe siècle, complètent un ensemble où se mêlent fonctions résidentielle et symbolique. La protection au titre des Monuments Historiques souligne sa valeur patrimoniale, tant pour son état de conservation que pour son rôle dans l’histoire locale.
Les sources, dont les Annales de la Société du Puy (1889) et la base Mérimée, confirment son importance comme témoin des mutations architecturales et sociales en Gévaudan, entre Moyen Âge tardif et époque moderne. Le château reste lié à des familles influentes, des Chastel aux Capellis, dont les alliances reflètent les réseaux de pouvoir en Languedoc et au-delà.