Origine et histoire
Le Musée Provençal, initialement nommé Musée du Terroir Marseillais, est un musée des arts et traditions populaires situé dans le quartier de Château Gombert, dans le 13e arrondissement de Marseille. Fondé en 1927 par Jean-Baptiste Julien-Pignol, félibre marseillais, il s’inspire directement du Museon Arlaten d’Arles, créé par Frédéric Mistral, et en devient le « frère », constituant le second musée ethnographique majeur de Provence. Son objectif était de préserver le patrimoine culturel et matériel provençal, menacé de disparition, en rassemblant objets, costumes, mobilier et traditions locales. Le musée fut inauguré le 25 juin 1928 sous le nom de Muséon d’Art Prouvençau, devenant aujourd’hui le seul musée de ce type à Marseille après la fermeture du Musée du Vieux-Marseille.
Le bâtiment actuel, imaginé par Julien-Pignol, évoque un château médiéval disparu au XVIe siècle, avec une tour, des créneaux et des fenêtres à meneaux. À l’origine, le musée ne comptait qu’une seule salle, la cuisine provençale, conçue comme un lieu de transmission culturelle où les membres de la communauté se réunissaient pour évoquer les traditions locales. Aujourd’hui, les collections, enrichies par un siècle de dons de familles marseillaises et provençales, s’étendent sur dix salles thématiques : cuisine traditionnelle, chambre bourgeoise, salle Renaissance, santons, jouets, costumes, et une bibliothèque ancienne de plusieurs dizaines de milliers d’ouvrages. Une campagne de restauration des locaux historiques est en cours entre 2021 et 2025.
Jean-Baptiste Julien-Pignol, issu d’une famille bourgeoise de Château-Gombert, a consacré sa vie à ce projet, associant patrimoine, culture et solidarité. En 1927, il fonda l’Escolo Felibrenco locale, Lou Roudelet Felibren de Castèu-Goumbert, et construisit une maison de repos pour personnes âgées, reflétant ses préoccupations sociales. Le musée, géré depuis 1939 par l’Association des Œuvres Sociales et Régionalistes de Château-Gombert Provence (AOSRCG), perpétue cette double mission : conserver les traditions provençales et servir la communauté. Les salles reconstituent des scènes de vie domestique, comme les treize desserts de Noël exposés depuis 1930, ou des dioramas évoquant la vie rurale et artisanale des XVIIIe et XIXe siècles.
Parmi les espaces remarquables figurent la salle des santons, abritant des œuvres d’artisans provençaux depuis le XVIIIe siècle, et la salle agraire, dédiée aux outils et techniques agricoles locales. La salle Renaissance évoque quant à elle une grande salle seigneuriale, avec une cheminée baroque en pierre de Fontvieille et des toiles peintes marseillaises du XVIIIe siècle. Une salle entière est consacrée à la musique provençale, présentant des galoubets, tambourins et manuscrits musicaux. Enfin, les espaces privés de la famille Julien-Pignol, comme les salons Belle Époque et la chambre des fondateurs, offrent un aperçu de leur cadre de vie et de leur engagement pour la préservation du patrimoine.
Les collections du musée proviennent presque exclusivement de dons familiaux, témoignant de la mémoire collective marseillaise et provençale. Parmi les pièces phares, on trouve des cuivres, poteries utilitaires (XVIIIe-XIXe siècles), des boutis (coton piqué provençal), des ex-voto, et des objets de dévotion. La salle des costumes expose des tenues complètes des XVIIIe et XIXe siècles, accompagnées de bijoux et accessoires traditionnels. Le musée se distingue aussi par sa reconstitution fidèle d’intérieurs provençaux, comme la salle à manger avec son mobilier typique (panetière, pétrin, faïences) ou la chambre bourgeoise, meublée de pièces du XVIIIe siècle. Ces reconstitutions visent à immerger le visiteur dans le quotidien des générations passées, tout en soulignant l’évolution des modes de vie en Provence.