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Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil à Bordeaux en Gironde

Gironde

Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil

    50 Cours du Médoc
    33300 Bordeaux
Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil
Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil
Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil
Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil
Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil
Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil
Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil
Distillerie Sécrestat, actuellement musée Goupil
Crédit photo : picotche - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1900
2000
1852
Fondation de la Maison Sécrestat
1898
Construction de la distillerie
1902–1973
Période d'activité industrielle
1991
Ouverture du musée Goupil
16 juillet 1993
Inscription aux Monuments historiques
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Façades et toitures (cad. RP 23) : inscription par arrêté du 16 juillet 1993

Personnages clés

Pierre-Jules-Honoré Sécrestat - Fondateur et industriel Créateur du bitter et commanditaire du bâtiment.
Ernest Minvielle - Architecte Concepteur de la distillerie et des chais.
Adolphe Goupil - Éditeur d'estampes Fonds du musée Goupil issus de sa maison.
Vincent Imberti - Collectionneur Acquéreur des archives Goupil en 1920.

Origine et histoire

La distillerie Sécrestat, située 40-50 cours du Médoc à Bordeaux, fut construite en 1898 par l’architecte Ernest Minvielle pour la Maison Sécrestat, spécialisée en liqueurs et spiritueux. Fondée par Pierre-Jules-Honoré Sécrestat, cette entreprise connut un essor grâce à son Bitter Sécrestat, une boisson à base de gentiane, et fonctionna de 1902 à 1973. Le bâtiment, représentatif de l’architecture industrielle de la fin du XIXe siècle, mêle brique, pierre et éléments métalliques, avec une façade néo-XVIIe siècle remarquée pour sa composition harmonieuse.

Après sa fermeture en 1973, la distillerie fut menacée de destruction dans les années 1990 en raison des projets urbains bordelais. Malgré des avis partagés (l’inspecteur des Monuments historiques jugeant seule la façade digne d’intérêt, tandis que d’autres soulignaient la rareté de sa cheminée en brique), elle fut inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1993. Sa cheminée, vestige des paysages industriels disparus, et sa façade ornées de guirlandes et frontons furent des arguments clés pour sa préservation.

Réhabilitée en 1991, la distillerie devint le musée Goupil, dédié à l’image industrielle, abritant les collections de la Maison Goupil (estampe, photographies, archives). Ce choix s’expliquait par l’éclectisme architectural du lieu, alliant brique rouge, pierre blonde et structures métalliques. Le musée, conçu comme un conservatoire des techniques de reproduction d’images, proposait des expositions pédagogiques et un atelier de gravure. Cependant, les collections furent ultérieurement transférées au Musée d’Aquitaine, et le bâtiment, désormais fermé au public, sert de siège social.

L’édifice illustre le style Henri IV, courant sous le Second Empire parmi la bourgeoisie commerçante, avec une façade symétrique à neuf travées, un balcon à volutes, et des décors de guirlandes. À l’intérieur, des piliers de fonte et des hourdis en berceau segmentaire soutiennent les étages, tandis que la cuverie souterraine, équipée de cuves en ciment et verre, pouvait stocker 1,5 million de litres d’eau-de-vie. La distillerie reflète l’âge d’or des spiritueux bordelais, où une dizaine de maisons, dont Sécrestat, exportaient des marques renommées comme l’Anisette ou le Curaçao.

Pierre-Jules-Honoré Sécrestat (1822–1905), fondateur de l’entreprise, débuta comme apprenti liquoriste avant de s’installer à Bordeaux en 1852. Homme politique local, il fut conseiller municipal de Bordeaux (1869–1877), contribuant à des projets comme le Marché des Chartrons, puis maire de Saint-Pierre-de-Chignac. Passionné de viticulture, il acquit le château de Lardimalie en Périgord et y implanta un vignoble, complétant son empire avec deux chais conçus par le même architecte que la distillerie. Sa mort en 1905 marqua un tournant, bien que la production se poursuive jusqu’en 1973.

Aujourd’hui, la distillerie Sécrestat incarne un patrimoine industriel fragile, sauvé in extremis par des mobilisations citoyennes et des débats sur la valeur patrimoniale des sites techniques. Son inscription en 1993 consacre la reconnaissance tardive de ces édifices, souvent sacrifiés au profit de l’urbanisation. Bien que ses collections aient quitté les lieux, son architecture et sa cheminée témoignent encore de l’histoire économique bordelaise, entre commerce des spiritueux et révolution industrielle.

Liens externes