Origine et histoire de l'Ecomusée d'Alsace
L’Écomusée d’Alsace, situé à Ungersheim dans le Haut-Rhin, est né dans les années 1970 sous l’impulsion de Marc Grodwohl et de bénévoles de l’association Maisons paysannes d’Alsace. Leur objectif initial était de sauver des dizaines de maisons alsaciennes menacées de démolition en les restaurant sur place. Face à l’impossibilité de toutes les conserver in situ, ils optent pour leur déconstruction et reconstruction sur un site unique, formant un village-musée. Le terrain, cédé par la commune en 1980, était une friche industrielle des Mines de potasse d’Alsace, rongée par le chlorure de sodium.
Le musée ouvre officiellement en juin 1984 avec le soutien du ministre de la Culture Jack Lang, de la commune d’Ungersheim, et des collectivités locales comme le Conseil général du Haut-Rhin. Dès ses débuts, il se distingue par sa vocation pédagogique : transmission des savoir-faire traditionnels via des artisans en activité (potiers, forgerons), des classes environnement, et des fêtes calquées sur le calendrier liturgique. Les dons d’objets anciens par les Alsaciens enrichissent les collections, recréant un cadre de vie authentique du siècle passé.
En 1989, une rivière artificielle alimentée par la Thur est aménagée pour illustrer l’écosystème local, tandis qu’un carrousel historique (Eden Palladium, 1909) est installé en 1990 avant d’être vendu en 2012 pour des raisons financières. Le musée traverse une crise en 2006 lorsque Marc Grodwohl démissionne, opposant à la fusion avec le Bioscope voulue par le président du Conseil général, Charles Buttner. Cette période trouble mène à un recentrage sur la mission culturelle, avec la séparation du patrimoine industriel (puits Rodolphe) et la fermeture du train historique Clair de mine.
Aujourd’hui, l’Écomusée s’étend sur 97 hectares, abritant 80 bâtiments (dont certains datent du XVe siècle), 100 000 objets, et 4 800 espèces vivantes. Il illustre la vie rurale alsacienne à travers des maisons à colombages, une ferme, une école, ou un lavoir, animés par des guides costumés. Reconnue comme Musée de France, l’institution allie préservation du patrimoine matériel (bâti, outils) et immatériel (coutumes, artisanat), tout en sensibilisant à la biodiversité via des champs cultivés, un verger de 200 variétés de pommes, et des espaces naturels protégés.
L’inventaire de 2015 recense 627 espèces de plantes, 138 oiseaux (dont les cigognes emblématiques), et 48 mammifères, soulignant son rôle dans la conservation écologique. Le musée reste un acteur clé de la mémoire alsacienne, mêlant ethnologie, histoire sociale, et engagement environnemental, comme en témoigne la reconstruction en 2021 du séchoir à tabac de Lipseim dans le quartier bas-rhinois.