Origine et histoire de l'Église Notre-Dame-de-Pitié
L'église Notre-Dame-de-Pitié du Croisic, édifiée entre 1494 et 1528, incarne l'essor économique de cette cité portuaire bretonne à la Renaissance. Sa construction en granit local, financée par la bourgeoisie maritime, débute le 4 décembre 1494 avec la pose de la première pierre par Jacques Penfaut, miseur. L'édifice, initialement prévu à trois nefs, voit son plan modifié en cours de chantier pour accueillir un quatrième vaisseau côté sud, reflétant l'accroissement démographique. Consacrée une première fois en 1501 par bulle pontificale, puis en 1507 par l'évêque de Dol, elle est bénie en 1525 alors que les travaux s'achèvent.
Le style gothique flamboyant de l'église se distingue par ses seize baies ogivales, ses voûtes en tuffeau aux clés pendantes, et son asymétrie quasi carrée inhabituelle pour l'époque. La tour-clocher, commencée en 1526 en charpente, est reconstruite en pierre entre 1683 et 1700 après des dégradations, s'inspirant du modèle de Batz-sur-Mer. Pendant la Révolution, l'édifice devient tour à tour temple républicain, magasin d'artillerie et écurie, avant d'être restauré au XIXe siècle par l'abbé Bigaré et l'architecte Henri Gilée, qui préservent ses éléments médiévaux tout en modernisant les vitraux et toitures.
Classée monument historique en 1906, l'église conserve des trésors artistiques comme ses vitraux des ateliers Lorin (1900-1901), ses statues des XVIIe-XVIIIe siècles (Saint Jacques, Notre-Dame des Vents), et ses voûtes peintes du XVIe siècle représentant la Trinité. Le vitrail de saint Christophe rappelle l'ancienne traversée du Traict du Croisic à marée basse, tandis que les ex-voto maritimes (bateaux du XIXe siècle) témoignent de la piété des pêcheurs. L'effondrement de la verrière du chœur en 1963 entraîne une restauration majeure, incluant un nouvel autel et un chandelier installés en 1980 pour le 500e anniversaire.
L'architecture extérieure révèle des influences bretonnes, avec son porche nord orné d'une Pietà en tuffeau et ses contreforts massifs en granit. Le portail nord, achevé en 1528 par le maître d'œuvre Olivier Robin, reprend le modèle de Notre-Dame-du-Mûrier à Batz, avec ses portes géminées en anse de panier. Les modifications successives, comme l'ajout du collatéral sud ou le remplacement de la flèche en bois par un lanternon de pierre, illustrent l'évolution des besoins liturgiques et des techniques constructives entre le XVIe et le XVIIIe siècle.
Le mobilier liturgique reflète l'histoire mouvementée de l'édifice : l'autel du Rosaire (1788), provenant de la chapelle des Capucins, côtoie des dalles funéraires médiévales issues de l'ancien cimetière sud. Les tableaux, comme La Tempête apaisée ou Le Passage de la mer Rouge, datés des XVIIIe-XIXe siècles, complètent un décor où se mêlent dévotion maritime et art sacré. Les campagnes de restauration du XXe siècle, menées par les Monuments historiques, ont permis de préserver ce patrimoine, tout en adaptant l'église aux pratiques cultuelles contemporaines, comme en témoigne la consécration du maître-autel en 1898 par Mgr Legal, évêque canadien.