Origine et histoire de la gare
La gare d'Abbeville, mise en service en 1847 par la Compagnie du chemin de fer d'Amiens à Boulogne, fut d’abord une station provisoire en charpente, située à 800 mètres du centre-ville. Son emplacement définitif, choisi après des débats entre la Compagnie du Nord, la municipalité et la chambre de commerce, fut acté en 1855. Le bâtiment voyageurs actuel, ouvert en 1862, arbore un style régional balnéaire avec une ossature en bois et des briques rouges, évoquant les villas de Mers-les-Bains. Ce choix léger répondait aux exigences militaires de l’époque, la ville étant alors ceinte de fortifications.
Inscrite aux monuments historiques en 1984, la gare connut son apogée comme nœud ferroviaire local entre les années 1880 et 1950, avec jusqu’à cinq branches principales. Elle fut reliée à Lille via Saint-Pol-sur-Ternoise (1879), puis au Tréport par la ligne d’Abbeville à Eu (1882). Pendant la Première Guerre mondiale, un triage stratégique y fut créé, et un train de DCA y stationna sous l’Occupation. La gare survécut aux bombardements de 1940 et 1944, malgré la destruction partielle de la ville.
Au XXIe siècle, la gare reste un pôle actif du réseau TER Hauts-de-France, desservant Paris, Calais, Amiens et Albert. Son bâtiment, rénové en 1993 et 2013 (pour 1,1 million d’euros), a vu son clocheton restauré entre 2022 et 2024 après des années de controverses administratives. La fréquentation quotidienne dépassait 3 200 voyageurs en 2013. L’ancienne halle Sernam, fermée en 1998, a été reconvertie en 2015 en un bâtiment tertiaire nommé Garopôle, abritant le siège de la communauté d’agglomération de la Baie de Somme.
La gare a également marqué la culture locale : en 2015, elle servit de décor au téléfilm Le Vagabond de la baie de Somme, et en 2023, au film L’Art d’être heureux avec Benoît Poelvoorde. Son buffet historique, abandonné après les inondations de 2001, est aujourd’hui une boutique de mariage. En 2018, elle remporta le prix de la plus belle gare des Hauts-de-France, soulignant son patrimoine architectural et son rôle dans le territoire.
Architecturalement, la gare se distingue par sa marquise, ses pavillons latéraux (dont un démoli après 1912), et son campanile, symbole de son identité. Les voies, gérées par un poste d’aiguillage moderne (PIPC), accueillent encore un trafic fret occasionnel, comme en 2016 pour le transbordement d’un transformateur de 179 tonnes. Son environnement urbain inclut un parc à vélos, un parking photovoltaïque, et une desserte par le réseau de bus BAAG et les autocars Trans’80.