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Immeubles sans affectation immédiate (ISAI) du groupe Faidherbe à Amiens dans la Somme

Immeubles sans affectation immédiate (ISAI) du groupe Faidherbe

    16 Rue Maurice Thédié
    80000 Amiens
Propriété privée
Crédit photo : Bycro - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

XIXe siècle
Époque contemporaine
1900
2000
1945
Ordonnance sur les dommages de guerre
1946
Lancement du projet ISAI Faidherbe
1947
Début des constructions ISAI en France
22 avril 2024
Inscription aux Monuments historiques
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

L’ensemble des immeubles sans affectation immédiate (ISAI) du groupe Faidherbe, façades et toitures, situés du n° 1 au n° 8 et aux n° 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22 de la rue Maurice Thédié et aux n° 2 et 4 de la rue Martin Bleu-Dieu, ainsi que les escaliers monumentaux d’entrée des bâtiments 1 et 12, la sculpture des Trois Grâces d’Émile Morlaix à l’angle des rues Jean Catelas et Martin Bleu-Dieu, l’emprise foncière de la cour-jardin du bâtiment d’entrée (1,2, 3, 4) avec son parterre, l’ancienne fontaine à l’aigle et les deux puits de lumière en pavés de verre et enfin toutes les cages d’escalier avec leurs paliers ainsi que les monte-charges historiques du bâtiment 1, l’ensemble figurant au cadastre, section XY, parcelles 9a, 24a et 123a, tel que délimité sur le plan annexé à l’arrêté : inscription par arrêté du 22 avril 2024

Personnages clés

Paul Sirvin - Architecte en chef Responsable du projet ISAI Faidherbe.
Pierre Dufau - Architecte et urbaniste Concepteur du bâtiment 12 et de la reconstruction d’Amiens.
Joseph Andrieu - Architecte collaborateur Associé à Sirvin pour les ISAI.
Émile Morlaix - Sculpteur Auteur des *Trois Grâces* et éléments décoratifs.
Auguste Perret - Architecte pionnier Inspiration pour les ISAI via son Atelier.

Origine et histoire

Les Immeubles sans affectation immédiate (ISAI) du groupe Faidherbe à Amiens s’inscrivent dans le programme national de reconstruction lancé par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) après 1945. Financés par l’État, ces logements étaient échangés contre les indemnités de dommages de guerre des propriétaires sinistrés, selon l’ordonnance du 8 septembre 1945. À Amiens, où 60 % des habitations furent détruites pendant la guerre, ce projet visait à reloger en urgence 80 000 personnes tout en expérimentant des techniques innovantes comme les fenêtres à survitrage ou les ventilations par gaines individuelles.

Le groupe Faidherbe, confié dès 1946 à l’architecte en chef Paul Sirvin (assisté de Joseph Andrieu et Pierre Dufau), marque un tournant dans l’histoire du logement social français. Conçu pour 200 logements de haut standing, il rompt avec les habitations individuelles traditionnelles amiénoises en proposant des immeubles collectifs modernes, intégrant des services inédits (monte-charges, vide-ordures, parkings souterrains) et une esthétique mêlant classicisme (symétrie, pierre de parement) et modernité (béton, lignes Art Déco). Le site, situé en centre-ville, comprend aussi un parc arboré et des éléments décoratifs signés Émile Morlaix.

Ces ISAI illustrent la collaboration entre l’État et la ville d’Amiens pour gérer les dommages de guerre et les besoins urgents de logement. Pierre Dufau, architecte à la fois des ISAI (bâtiment 12) et de la reconstruction globale d’Amiens, incarne cette synergie. Bien que les Amiénois aient d’abord été réticents, l’ensemble devient un modèle pour les futurs grands ensembles et Habitations à Bon Marché (HBM), préfigurant les politiques publiques du logement des Trente Glorieuses. Inscrits aux Monuments historiques en 2024, ils témoignent aujourd’hui de l’innovation architecturale et sociale de l’après-guerre.

Le parti pris architectural des ISAI Faidherbe reflète la « Seconde Reconstruction » amiénoise, où les architectes évitent la table rase pour intégrer les nouvelles constructions dans une continuité urbaine. La sobriété classique des façades, les matériaux modernes (béton standardisé), et les touches Art Déco (balcons courbes, fenêtres en bandeau) créent un équilibre entre tradition et modernité. L’absence de régionalisme, rare à Amiens, souligne ici une volonté de rupture avec les codes locaux, au profit d’une identité nationale reconstruitrice.

L’inscription aux Monuments historiques en avril 2024 protège les façades, toitures, escaliers monumentaux, la sculpture Les Trois Grâces d’Émile Morlaix, la fontaine à l’aigle, les puits de lumière en pavés de verre, et les cages d’escalier avec leurs monte-charges historiques. Ces éléments, ainsi que l’emprise foncière de la cour-jardin, soulignent la valeur patrimoniale d’un ensemble qui allie fonctionnalité, esthétique et mémoire collective.

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