Origine et histoire
Les chemins de fer de la Corse (CFC), surnommés u Trinichellu (« le petit train »), constituent un réseau ferroviaire à voie métrique de 232 km, inauguré progressivement à partir de 1878. Ce projet ambitieux, initialement porté par l’État français pour désenclaver l’île, relie les principales villes corses : Bastia, Ajaccio, Calvi et Corte. Le tracé, marqué par 59 viaducs et 57 tunnels, surmonte des défis techniques majeurs, comme le tunnel de Vizzavona (3 916 m) ou le viaduc du Vecchio, construit par Gustave Eiffel. Symbole d’unification, le train a aussi bouleversé les modes de vie traditionnels, marginalisant les muletiers et aubergistes.
L’exploitation du réseau a connu plusieurs gestionnaires : d’abord la Compagnie de chemins de fer départementaux (CFD) à partir de 1883, puis les Ponts et Chaussées après 1945, avant d’être confiée à la SNCF en 1983. En 2012, une société d’économie mixte (SEM) prend le relais, suivie en 2024 par un établissement public (EPIC). Le réseau, initialement conçu pour le fret et les voyageurs, se concentre aujourd’hui sur le transport touristique et local, avec des lignes emblématiques comme Bastia–Ajaccio (3h45 de trajet) ou la desserte de la Balagne. Malgré des menaces de fermeture dans les années 1960, les mobilisations populaires ont sauvé ce patrimoine, désormais modernisé (signalisation centralisée, autorails AMG 800).
Le matériel roulant reflète cette histoire mouvementée : des locomotives à vapeur Mallet (1892–1954) aux autorails Billard (années 1930), puis aux modèles modernes comme les X 97050 (années 1990) et AMG 800 (2007). Les ateliers de Casamozza, inaugurés en 1978, assurent la maintenance, tandis que des projets de réouverture partielle de la ligne de la côte orientale (Casamozza–Folelli) sont envisagés pour répondre à l’urbanisation croissante. Le train corse, bien que concurrencé par la route, reste un symbole identitaire, avec une fréquentation record de 1,17 million de voyageurs en 2017.
La tarification autonome et les services adaptés (trains-tramways, desserte suburbaine) soulignent son ancrage local. Les défis actuels incluent l’accessibilité (quais non adaptés aux PMR) et la pérennité économique, dans un contexte où 60 % des usagers sont des touristes. Les fermetures temporaires pour modernisation (2024–2025) visent à améliorer la sécurité et la capacité, tout en préservant ce patrimoine unique, classé d’intérêt général et géré par la Collectivité territoriale de Corse depuis 1991.
Les chemins de fer corses illustrent aussi les tensions entre développement territorial et préservation. Leur survie, malgré des coûts élevés (180 M€ investis entre 2000 et 2006), témoigne de leur rôle social et culturel. Des chansons populaires, comme U trenu di Bastia, célèbrent ce tremblotant qui a façonné l’imaginaire insulaire, entre modernité et tradition.