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Logis seigneurial de l'Escuray en Loire-Atlantique

Logis seigneurial de l'Escuray

    12 Rue de la Châtaigneraie
    44260 Prinquiau

Frise chronologique

Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
vers 1390
Construction initiale
1443
Premier propriétaire connu
vers 1600
Transformation Renaissance
1667
Vente forcée
1793
Pillage révolutionnaire
1994
Rachat par la commune
1997
Classement monument historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Personnages clés

Jean du Cellier - Premier propriétaire attestée (1443) Sénéchal de Nantes et président de la Chambre des comptes.
René de la Lande - Transformateur du manoir (vers 1600) Ajoute les ailes et lucarnes Renaissance avec Françoise de Mareil.
Denis Espivent de Perran - Maire et restaurateur (XIXe siècle) Reconstruit le château et aide la population locale.
François de Perran - Marin et royaliste (1767-1823) Prisonnier en Angleterre après combats contre les Anglais.
Jacques Danguy - Propriétaire en 1752 Rachète le château pour sa femme, héritière des premiers seigneurs.
Raymond de Maistre - Dernier résident (décédé en 1993) Comte avant le rachat par la commune en 1994.

Origine et histoire

Le logis seigneurial de l'Escuray, situé à Prinquiau en Loire-Atlantique, trouve ses origines à la fin du XIVe siècle, vers 1390, comme manoir médiéval breton. Une étude dendrochronologique menée en 2018 par l’entreprise Dendrotech a confirmé que les arbres de sa charpente médiévale furent abattus entre 1385 et 1398, attestant de sa construction initiale à cette période. Le site pourrait cependant remonter à une motte féodale antérieure, potentiellement liée aux invasions vikings des IXe-Xe siècles, située au sud de l’édifice actuel. Ce manoir, centré autour d’une tour octogonale surmontée d’un colombier, reflétait alors l’architecture défensive bretonne.

Vers 1600, le manoir est profondément transformé sous l’impulsion de René de la Lande et de son épouse Françoise de Mareil, mariés en 1598. Le couple agrandit le corps principal en ajoutant une aile droite symétrique à l’existante, créant un plan en U autour de la tour centrale. Quatre lucarnes de style Renaissance bretonne, typiques de l’époque, sont ajoutées, marquant l’évolution du manoir en un logis seigneurial plus élégant. Cette période de prospérité est cependant de courte durée : René et Françoise meurent jeunes (en 1608 et 1613), laissant leurs enfants sous la tutelle de gestionnaires qui dilapident leur héritage. En 1667, leur petite-fille, Ruinée, doit vendre le domaine à Jean de la Bourdonnaye, seigneur de Bratz.

Le château connaît ensuite une succession de propriétaires marquants, souvent liés à l’histoire bretonne et aux bouleversements nationaux. Au XVIIIe siècle, il revient dans la famille originelle grâce à Jacques Danguy, conseiller au Parlement de Bretagne, qui le rachète en 1752 pour son épouse Louise Le Flo de Trémolo, petite-fille de Renée de la Lande. Leur descendance, les chevaliers Espivent, marque profondément Prinquiau pendant plus d’un siècle (1768-1891). Denis-Jean Espivent de la Villeguevraye, engagé dans les armées royales pendant la Révolution, voit le château pillé en 1793 par des soldats républicains après la bataille de Savenay. Son neveu, François de Perran, marin et royaliste, est emprisonné dix ans en Angleterre après avoir combattu les Anglais dans l’océan Indien.

Au XIXe siècle, Denis Espivent de Perran, maire de Prinquiau pendant 50 ans, restaure le château dans son état actuel et se consacre à la population locale, soignant gratuitement les habitants et finançant l’éducation des enfants pauvres. Après sa mort en 1891, le domaine décline : sa petite-fille Yvonne dilapide les biens familiaux, et le château est partiellement occupé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1994, la mairie de Prinquiau en devient propriétaire et lance des travaux de restauration, soutenus depuis 2009 par l’association A.R.P.E., qui organise des événements culturels pour financer sa préservation.

Le logis seigneurial de l’Escuray illustre ainsi près de six siècles d’histoire bretonne, mêlant architecture médiévale et Renaissance, engagements politiques (royalisme, Révolution), et vie locale. Inscrit aux monuments historiques en 1997, il reste un symbole du patrimoine ligérien, ouvert au public grâce à l’action conjointe de la commune et de bénévoles passionnés.

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