Origine et histoire du Lycée
Le lycée technologique régional Dhuoda de Nîmes est un établissement d’enseignement secondaire construit dans le 2e quart du XXe siècle, entre 1931 et 1936. Conçu par les architectes Jean Christol et Léonce Salles, assistés de l’ingénieur Dufour, le projet se distingue par son plan organisé autour d’une cour centrale et son usage pionnier du béton armé sur trois niveaux, une audace pour l’époque. L’aile sud accueille l’entrée principale, les ailes latérales abritent les salles de classe, tandis que l’aile nord regroupe des services comme la salle de gymnastique et les ateliers. Deux cours à l’est, séparées par un réfectoire, sont dédiées aux cuisines et à l’économat. Une extension rue Clovis, ajoutée dans les années 1960, complète l’ensemble.
La façade sur la rue Dhuoda concentre l’essentiel du décor artistique, reflétant l’importance accordée à l’esthétique dans les édifices publics de l’entre-deux-guerres. Les grandes frises en ciment et celles encadrant l’entrée sont l’œuvre du sculpteur André Méric, tandis que les trois bas-reliefs du porche sont signés Henri Calvet. À l’intérieur, la salle des fêtes expose des peintures de Paul Christol, André Vidal et Armand Coussens, complétées par des vitraux de Georges Janin. Henri Pertus a orné le parloir de scènes bucoliques, et la grille d’entrée a été réalisée par les élèves eux-mêmes, soulignant la vocation pédagogique du lieu. En contraste, la façade rue Clovis, plus sobre, se limite à des murs de béton sans ornements.
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis le 5 février 2002, le lycée Dhuoda doit son nom à une princesse carolingienne du IXe siècle, épouse du duc Bernard de Septimanie. Reléguée à Uzès, Dhuoda y rédigea un traité d’éducation chrétienne pour son fils, un texte fondateur qui inspire encore aujourd’hui. Ce choix onomastique lie ainsi l’établissement à une figure locale emblématique de transmission du savoir, en écho à sa mission éducative. Le bâtiment, propriété de la commune de Nîmes, illustre aussi l’évolution des programmes architecturaux scolaires sous la Troisième République, mêlant fonctionnalité et ambition culturelle.
Les architectes et artistes impliqués dans sa réalisation forment un collectif représentatif des courants artistiques régionaux des années 1930. Jean Christol et Léonce Salles, figures des arts décoratifs, collaborent avec des sculpteurs comme André Méric et Henri Calvet, ainsi qu’avec des peintres (Paul Christol, Henri Pertus) et un maître verrier (Georges Janin). Cette convergence de talents locaux témoigne d’une volonté de créer un lieu à la fois utilitaire et symbolique, où l’art sert l’éducation. L’extension des années 1960, plus sobre, marque cependant un tournant vers une architecture scolaire plus standardisée, reflétant les besoins croissants en espaces pédagogiques.
Situé au 17 rue Dhuoda et rue Clovis, le lycée s’inscrit dans le paysage urbain nîmois comme un exemple précoce d’architecture moderne appliquée à l’enseignement technique. Son inscription au titre des monuments historiques souligne la valeur patrimoniale de son décor intérieur et extérieur, ainsi que de sa structure innovante pour l’époque. Le contraste entre les façades richement ornées et les parties postérieures plus épurées offre aussi un témoignage des priorités esthétiques et budgétaires des commandes publiques dans les années 1930.