Origine et histoire
Le manoir de Blay, situé à Esserts-Blay en Savoie, est une ancienne maison forte reconstruite entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle. Il remplace un premier château édifié vers le XIIe-XIIIe siècle par Nicod d'Avalon, comme l'atteste un acte de partage entre 1388 et 1422 évoquant une reconstruction « il y a environ deux cents ans ». Le site, stratégique sur un monticule rocheux, domine la vallée de l'Isère à l'est du bourg. Le manoir actuel, de plan quadrangulaire flanqué de trois tours rondes, incarne le centre de la seigneurie de Blay, inféodée successivement aux familles d'Avalon, de Salins, puis du Verger jusqu'au XIXe siècle.
La seigneurie de Blay change fréquemment de mains entre le XIVe et le XVIIe siècle. En 1390, François de Salins en obtient l'investiture du comte Amédée VII de Savoie, avant que la famille ne la perde puis ne la récupère avant 1430. Au XVIe siècle, Jean du Châtelard (dit de Riddes) en devient propriétaire par mariage avec Jeanne de Salins, dernière héritière. Le manoir, partiellement détruit par un incendie vers 1609, n'est jamais reconstruit. Les du Verger, dernière lignée seigneuriale, conservent le titre jusqu'à son rachat par les habitants en 1776, marquant la fin de son rôle féodal.
Architecturalement, le logis de 21,60 × 7 mètres se divise en trois niveaux : rez-de-chaussée (cuisine et cellier), étage noble avec une aula de 160 m2, et chambres supérieures. Les tours, hautes de quatre étages, abritaient des latrines, un pigeonnier, et des meurtrières « à niches plantagenêts ». Une grange seigneuriale de 38 × 10 mètres, mentionnée en 1677, complétait le domaine. L'eau, acheminée par des « bourneaux » en sapin depuis le nant du Bernard, alimentait à la fois le manoir et le village voisin, illustrant son rôle central dans la vie locale.
La tradition orale évoque un incendie catastrophique la nuit de Noël 1599, mais un inventaire de 1616 suggère plutôt une destruction en novembre 1609. Dès 1606, les seigneurs ne résident plus sur place, comme l'atteste un contrat d'acensement précisant « 3 venues de 5 jours par an ». Le déclin du manoir s'accélère au XVIIe siècle : en 1672, François du Verger le loue à Philibert Fontannaz, et en 1776, les habitants rachètent les droits seigneuriaux, scellant son abandon définitif comme résidence noble.
Les fouilles récentes ont confirmé l'absence d'une quatrième tour nord-ouest et de fossés, remettant en cause certaines hypothèses architecturales. Les parements intérieurs conservent cependant des traces de l'incendie. Le site, réhabilité au XXIe siècle, témoigne aujourd'hui de l'évolution des maisons fortes savoyardes, entre fonction défensive, résidence seigneuriale et symbole de pouvoir local. Son histoire reflète aussi les tensions entre les familles nobles (Avalon, Salins, du Verger) et les institutions comtales ou ecclésiastiques (comtes de Savoie, archevêques de Tarentaise).