Origine et histoire du Musée
Le musée des Égouts de Paris trouve son origine dans les visites guidées organisées lors de l’Exposition universelle de 1867, sous le Second Empire. Ces parcours, destinés à montrer la modernité de la capitale, attiraient une clientèle variée : bourgeois, ingénieurs et même têtes couronnées. Les visiteurs empruntaient des wagons-vannes tirés par des égoutiers ou des bateaux, explorant les collecteurs comme Sébastopol ou Rivoli. Eugène Belgrand, directeur des eaux et égouts de 1867 à 1878, fit construire des wagonnets spéciaux pour accueillir jusqu’à dix personnes, transformant ces visites en un véritable phénomène de curiosité publique.
Au début du XXe siècle, la visite évolua avec l’arrivée du métro : deux sections furent proposées via les collecteurs du Centre ou de Petits-Champs. Les parcours combinaient bateau et wagon électrique, comme celui reliant le quai du Louvre à Arts et Métiers. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les égouts, devenus un réseau stratégique sous occupation militaire, abritèrent des résistants (comme le PC Rol-Tanguy à Denfert-Rochereau) et servirent d’abris. Les visites reprirent en 1946 depuis la place de la Concorde, avec un trajet en bateau jusqu’à la Madeleine.
En 1975, le musée prit sa forme actuelle dans l’usine Alma, abandonnant les parcours en bateau pour une exposition permanente sur 500 mètres de galeries. Réaménagé en 1989, il accueillait près de 95 000 visiteurs en 2007, avant une fermeture pour rénovation en 2018. Rouvert en octobre 2021 après des travaux de 2 millions d’euros, il propose désormais un parcours accessible, incluant un pavillon d’accueil et des espaces pédagogiques sur la gestion des déchets. Le musée reste vulnérable aux crues de la Seine, fermant dès que le niveau atteint le pied du Zouave du pont de l’Alma.
Le parcours actuel, d’une durée de 45 à 60 minutes, traverse des galeries en fonctionnement comme la galerie Brunesseau (du nom de l’inspecteur qui cartographia les égouts au XIXe siècle) ou la galerie Belgrand, dédiée aux outils de curage historiques. D’autres espaces rendent hommage à des figures comme Hugues Aubriot (créateur du premier égout voûté en 1370) ou Adolphe Mille (promoteur de l’épuration agricole des eaux). Le musée allie histoire technique et enjeux contemporains, rappelant que les égouts ne sont pas des poubelles.
L’usine Alma, cœur du musée, illustre le fonctionnement d’un siphon et d’un nœud du réseau géré par le SIAAP. Les visiteurs découvrent les bassins de dessablement, les vannes de curage, et les horloges pneumatiques, tandis que des panneaux expliquent les risques liés aux égouts et le rôle des égoutiers. La température moyenne de 13°C et l’humidité constante rappellent les conditions réelles de ce réseau unitaire, gravitaire et visitable, essentiel à l’assainissement de Paris depuis le XIXe siècle.