Arrivée des premiers ouvriers russes 1919 (≈ 1919)
200 militaires démobilisés recrutés par la SMN.
29 septembre 1926
Nomination du premier recteur
Nomination du premier recteur 29 septembre 1926 (≈ 1926)
Père Dimitri Troïtski nommé par Euloge.
11 décembre 1927
Consécration de l’église
Consécration de l’église 11 décembre 1927 (≈ 1927)
Par le métropolite Euloge, dédiée à saint Serge.
juin 1944
Dommages lors des bombardements
Dommages lors des bombardements juin 1944 (≈ 1944)
Clocher détruit, icônes et murs endommagés.
7 septembre 1947
Reconsécration après reconstruction
Reconsécration après reconstruction 7 septembre 1947 (≈ 1947)
Par le métropolite Vladimir, financée par dons.
23 juin 1992
Inscription aux Monuments Historiques
Inscription aux Monuments Historiques 23 juin 1992 (≈ 1992)
Protection de l’église, du clocher et de l’enclos.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
L'église ; le clocher ; les façades et les toitures de la bibliothèque ; l'enclos paroissial (cad. AI 11) : inscription par arrêté du 23 juin 1992
Personnages clés
Métropolite Euloge - Archevêque orthodoxe
Consacra l’église en 1927 et 1936.
Nicolas Grigoriev - Ingénieur et coordinateur
Supervisa la construction et décora l’iconostase.
Michel Sokolov - Recteur (1928–1942)
Développa la paroisse et intégration locale.
Vassili Sergueïev - Peintre d’icônes
Auteur et restaurateur des icônes (1927–1945).
Alfred Dhôme - Donateur privé
Ingénieur, offrit 1 000 francs pour la construction.
Vladimir Golunski - Recteur (à partir de 1960)
Introduisit des offices en français.
Origine et histoire
Le sanctuaire orthodoxe Saint-Serge de Colombelles a été édifié au 2e quart du XXe siècle (1926-1927) par des ouvriers russes employés à la Société Métallurgique de Normandie (SMN), une usine sidérurgique du groupe Schneider. Ces travailleurs, majoritairement des anciens combattants des Armées blanches ou du Corps expéditionnaire russe démobilisé après la Révolution de 1917, s’étaient installés en Normandie après avoir choisi l’exil plutôt que le retour en Russie soviétique. L’église, financée en partie par la SMN (terrain offert et subvention de 80 000 francs) et des dons privés, fut conçue pour servir de lieu de culte à la communauté orthodoxe locale, composée d’ouvriers russes et de leurs familles.
La construction fut supervisée par l’ingénieur Nicolas Grigoriev, un Russe employé par la SMN, tandis que les plans s’inspiraient des églises de Saint-Pétersbourg. Les icônes, essentielles à la décoration intérieure, furent réalisées par des artistes émigrés comme Vassili Sergueïev (membre de l’association L’Icône) et Dmitri Stelletski, ainsi que par des peintres locaux comme Fostov et Khvostov. L’édifice fut consacré le 11 décembre 1927 par le métropolite Euloge, une figure majeure de l’orthodoxie russe en exil, sous le patronage de Serge de Radonège, un saint vénéré dans la tradition russe.
L’église connut son âge d’or entre 1928 et 1939, avec plus de 300 baptêmes et 70 mariages célébrés, ainsi que la formation d’un chœur liturgique salarié à partir de 1930. Le recteur Michel Sokolov (en poste de 1928 à 1942) joua un rôle clé dans l’intégration de la communauté, organisant des offices pour les orthodoxes de la région et développant les liens avec les paroisses voisines (Oissel, Dives-sur-Mer). En 1934, un clocher en dur fut ajouté, abritant une cloche bénie par le métropolite Euloge, tandis que des bâtiments annexes (bibliothèque, salle paroissiale) complétaient l’ensemble.
La Seconde Guerre mondiale marqua un tournant tragique. Lors des bombardements alliés de juin 1944, visant les aciéries voisines et le pont sur l’Orne, l’église fut gravement endommagée : le clocher détruit, les murs ébranlés, et la plupart des icônes tombées ou brisées. Le peintre Sergueïev, rappelé en 1945 pour restaurer les œuvres, mourut avant d’achever son travail. La reconstruction, soutenue par la SMN et des dons internationaux (dont 26 325 francs du Conseil mondial des Églises), permit une nouvelle consécration le 7 septembre 1947 par le métropolite Vladimir. Les cloches, détruites, furent refondues en 1949 à Villedieu-les-Poêles, avec l’aide d’un donateur américain, le révérend Robbins W. Barstow.
Depuis les années 1980, la paroisse a évolué vers une communauté multiculturelle, accueillant des fidèles géorgiens, français et d’autres nationalités orthodoxes. En 1992, l’église fut inscrite aux Monuments Historiques, reconnaissant son importance patrimoniale. En 2003, elle adopta un second patron, Vigor de Bayeux, saint normand, symbolisant son ancrage local. Après des décennies sous l’autorité du patriarcat de Constantinople, la paroisse rompit en 2022 avec le patriarcat de Moscou, en réaction à la guerre en Ukraine, rejoignant le vicariat Sainte-Marie-de-Paris au sein de la métropole grecque de France.
Aujourd’hui, l’église Saint-Serge-et-Saint-Vigor reste un lieu de culte actif, avec des offices en français et des chants en plusieurs langues (géorgien, russe). Son bulbe en cuivre typique, restauré en 2006, et son iconostase richement décorée en font un témoignage unique de l’héritage russe en Normandie. Le site, ouvert lors des Journées du Patrimoine, perpétue la mémoire des ouvriers émigrés tout en s’adaptant aux défis contemporains, comme l’accueil des demandeurs d’asile géorgiens ou la coopération œcuménique avec l’Église catholique locale.
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