Frise chronologique
fin du IIIe siècle
Désaffectation des thermes
Désaffectation des thermes
fin du IIIe siècle (≈ 395)
Abandon lié au déclin d'Alauna.
1688
Première mention écrite moderne
Première mention écrite moderne
1688 (≈ 1688)
Louis Le Vavasseur évoque une ville antique.
1695
Fouilles de Foucault et Dunod
Fouilles de Foucault et Dunod
1695 (≈ 1695)
Identification comme balnéaire antique par Dunod.
1862
Classement monument historique
Classement monument historique
1862 (≈ 1862)
Protection parmi les premiers monuments français.
1989-1992
Fouilles complètes et restauration
Fouilles complètes et restauration
1989-1992 (≈ 1991)
Plan définitif établi avant aménagement.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Ruines romaines d'Alauna : classement par liste de 1862
Personnages clés
| Pierre-Joseph Dunod - Jésuite et archéologue |
Identifie les ruines comme thermes (1695). |
| Nicolas-Joseph Foucault - Intendant de la généralité de Caen |
Commande les fouilles de 1695. |
| Charles de Gerville - Archéologue normand |
Fouilles et description des vestiges (années 1840). |
| Albert Grenier - Historien et archéologue |
Rectifie une erreur cartographique en 1953. |
Origine et histoire
Les thermes antiques d'Alauna, situés à Valognes dans la Manche, constituent un ensemble thermal gallo-romain construit dans la seconde moitié du Ier siècle (entre 60 et 80). Désaffectés au IIIe siècle, leurs maçonneries furent récupérées jusqu’à l’époque contemporaine. Leur plan symétrique, typique des thermes de Néron, s’organise autour d’un axe central avec piscines froide et chaude, frigidarium, caldarium et sudatorium. Les fouilles des années 1990 ont permis de restituer intégralement leur plan avant leur aménagement en jardin archéologique.
Le site, partiellement en élévation sur 12 mètres, est implanté au nord-ouest de l’agglomération antique d’Alauna, près du cardo maximus. Alimenté par un aqueduc de 800 mètres captant la source de la « fontaine du Bus », le complexe exploitait les ressources géologiques locales (calcaire, argiles, sables) pour sa construction. Son architecture optimisait la topographie naturelle, avec des pièces chaudes placées en contrebas pour limiter les excavations. Les murs, épais de 1,20 à 2 mètres, étaient construits en opus vittatum (moellons calcaires) et terres cuites architecturales pour les parties chauffantes.
Protégés dès 1862, les thermes furent identifiés comme tels à la fin du XVIIe siècle par Pierre-Joseph Dunod, après des siècles de récupération de matériaux. Les fouilles de 1695, 1840 et 1990 ont révélé leur organisation interne, leurs systèmes de chauffage (hypocaustes, praefurnia) et leur désaffectation liée au déclin d’Alauna. En 2020, des prospections géoradar ont mis en évidence des bâtiments annexes potentiels, comme une palestre ou une mansio, suggérant une cité plus vaste que prévu (3 000 à 4 000 habitants).
Le complexe, unique établissement thermal connu à Alauna, pose question quant à sa capacité pour une population aussi nombreuse. Son plan symétrique, avec des salles doublées (apodyteria, unctoria, tepidaria), permettait une modulation de la fréquentation et une maintenance partielle sans fermeture totale. Les vestiges, parmi les rares élévations romaines conservées en Normandie avec le théâtre de Lillebonne, sont aujourd’hui accessibles dans un jardin archéologique ouvert au public.
L’adduction d’eau, assurée par un aqueduc souterrain devenant aérien près des thermes, aboutissait au sudatorium après un parcours de 800 mètres. Les eaux usées étaient évacuées vers le Merderet via des caniveaux, dont un ceinturant la piscine froide. La toiture, disparue, était probablement voûtée pour les salles chaudes, avec une couverture « enfoncée » dans les murs extérieurs, comme le suggèrent les passages d’entretien en hauteur. Les décors intérieurs, aujourd’hui inconnus, devaient inclure des enduits peints ou des placages, tandis que les extérieurs misaient sur l’alternance des matériaux.
Classés parmi les premiers monuments historiques français (1862), les thermes ont survécu aux bombardements de 1944. Leur étude continue révèle une cité antique plus complexe, avec des hypothèses de sanctuaires, d’un forum, et peut-être d’un second complexe thermal près du cardo et du decumanus. Les recherches récentes, menées par le CNRS et l’INRAP, visent à préciser l’étendue d’Alauna et le rôle de ses infrastructures dans la vie quotidienne gallo-romaine.