Logo Musée du Patrimoine

Tout le patrimoine français classé par régions, départements et villes

Château de Thiers-sur-Thève dans l'Oise

Oise

Château de Thiers-sur-Thève


    Thiers-sur-Thève

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1300
1400
1500
1800
1900
2000
vers 1250-1260
Construction du château
août 1276
Vente à Renaud de Nanteuil
1310-1311
Emprisonnement de templiers
fin mai-début juin 1358
Ruine partielle
1431
Démantèlement ordonné
1862
Classement monument historique
1870
Destruction du pignon ouest
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Classé MH

Personnages clés

Thibault de Beaumont-Gâtinais - Seigneur et constructeur Fonda le château vers 1250-1260.
Jeanne (épouse de Thibault) - Co-constructrice De la famille Bouteiller de Senlis.
Renaud de Nanteuil - Évêque de Beauvais Acheteur en 1276, commanditaire possible de la salle d’apparat.
Anne de Montmorency - Connétable et propriétaire Acquit les terres en 1564.
Estienne Chantrelle - Garde forestier Concessionnaire en 1624 pour construire une maison.

Origine et histoire

Le château de Thiers-sur-Thève, édifié vers 1250-1260 par Thibault de Beaumont-Gâtinais et son épouse Jeanne, est un exemple rare de forteresse médiévale combinant fonctions défensives et confort résidentiel. Construit sur un plan carré de 56,80 m de côté, flanqué de neuf tours rondes, il se distingue par sa grande salle d’apparat aux fenêtres gothiques, unique en Île-de-France. Ce relais de chasse des évêques de Beauvais, vendu en 1276 à Renaud de Nanteuil, illustre l’évolution des châteaux vers des espaces de représentation plutôt que purement militaires.

La vie du château fut brève : partiellement ruiné lors de la Grande Jacquerie en 1358, il fut démantelé en 1431 sur ordre royal, ses murs rabaissés à 3 mètres. Au XVIIe siècle, ses terres passèrent au connétable Anne de Montmorency, puis à des exploitants forestiers. Classé monument historique dès 1862, ses vestiges abritent aujourd’hui des habitations, malgré des dégradations comme la destruction du pignon ouest en 1870. Son architecture, marquée par des voûtes ogivales et des chapiteaux sculptés, témoigne d’une période de paix relative au XIIIe siècle, où le luxe l’emportait sur la défense.

La salle d’apparat, joyau du château, mesurait 25 mètres de long et présentait une façade sud percée de grandes fenêtres à tympans ajourés, typiques du gothique rayonnant. À l’intérieur, des arcades en tiers-point et des vitraux (disparus) soulignaient son caractère somptueux. La tour sud-est, probablement chapelle, abritait une salle octogonale voûtée, reliée à la grande salle par un arc trilobé. Ces éléments, associés à l’absence de dispositifs défensifs agressifs (comme un pont-levis), confirment sa vocation résidentielle et symbolique.

Le site, entouré de douves alimentées par la Thève, était stratégiquement isolé dans des terrains marécageux, loin des axes majeurs. Son déclin précoce s’explique par les dommages subis lors des révoltes paysannes et les choix économiques des évêques, préférant abandonner sa restauration. Les ruines, occupées par une exploitation agricole pendant des siècles, conservent cependant des détails architecturaux remarquables, comme les latrines doubles près de la tour sud-ouest ou les culs-de-lampe sculptés de la chapelle.

Parmi les épisodes marquants, le château servit brièvement de prison pour onze templiers entre 1310 et 1311, avant leur procès. Cette utilisation ponctuelle contraste avec son rôle principal de résidence épiscopale, où se mêlaient chasse, réception et gestion seigneuriale. Le démantèlement de 1431, avec l’arasement des tours, marqua sa transformation en simple enceinte, avant que ses pierres ne soient réemployées pour construire des maisons au XVIIe siècle.

Aujourd’hui, les vestiges classés offrent un témoignage rare de l’architecture seigneuriale du XIIIe siècle en Picardie. Leur état fragmentaire, entre ruines médiévales et reconstructions modernes, reflète une histoire mouvementée, où les impératifs militaires cédèrent rapidement la place aux exigences de confort et de prestige, avant que l’oubli ne s’installe pour des siècles.

Liens externes