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Abbaye de la Trappe à Soligny-la-Trappe dans l'Orne

Patrimoine classé
Patrimoine religieux
Abbaye
Orne

Abbaye de la Trappe

    248 La Trappe
    61380 Soligny-la-Trappe

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1100
1200
1300
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1120
Naufrage de la Blanche-Nef
1140
Fondation savignienne
1147
Rattachement à Cîteaux
1214
Consécration de l’abbatiale
1527
Régime de la commende
1660
Réforme de Rancé
1790
Fermeture révolutionnaire
1814
Retour des trappistes
1827
Réinstallation définitive
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Personnages clés

Rotrou du Perche - Comte et fondateur Fait bâtir l’oratoire en 1122.
Adam Gautier - Troisième abbé Apogée spirituel et matériel (XIIIe siècle).
Armand Jean Le Bouthillier de Rancé - Réformateur trappiste Instaurateur de la Stricte Observance en 1660.
Augustin de Lestrange - Maître des novices Organise l’exil des moines en 1791.
Jean du Bellay - Premier abbé commendataire Cumule six abbayes sous François Ier.
François-Nicolas de la Forest de Somont - Abbé de Tamié Adopte la réforme après visite à la Trappe.

Origine et histoire

L’abbaye Notre-Dame de la Trappe, initialement nommée Grande-Trappe, est fondée en 1140 par des moines de la congrégation de Savigny, sur l’initiative du comte Rotrou du Perche en mémoire de son épouse Mathilde, morte dans le naufrage de la Blanche-Nef (1120). Installés près d’un oratoire bâti en 1122, les religieux rejoignent l’ordre cistercien en 1147. Le nom « Trappe » pourrait provenir du relief local ou de pratiques de braconnage en forêt, selon une étymologie germanique.

Au Moyen Âge, l’abbaye prospère sous la protection des ducs anglo-normands, atteignant son apogée spirituel et matériel sous l’abbatiat d’Adam Gautier (début XIIIe siècle). L’église abbatiale, consacrée à Notre-Dame, est achevée en 1214. Cependant, la guerre de Cent Ans (XIVe–XVe siècles) ravage le monastère : incendies, pillages et exils forcés (comme à Bonsmoulins en 1360) réduisent la communauté à une quinzaine de moines. Malgré des reconstructions, les destructions se répètent en 1434 et 1469.

La Renaissance marque un déclin avec l’imposition du régime de la commende en 1527, où des abbés extérieurs (souvent nobles) gèrent l’abbaye sans vocation religieuse. Jean du Bellay, premier abbé commendataire, cumule six abbayes simultanément. La réforme trappiste naît en 1660 sous l’impulsion d’Armand Jean Le Bouthillier de Rancé, qui rétablit une règle stricte après avoir trouvé sept moines en décadence. Sa réforme, dite de « Stricte Observance », attire des vocations et s’étend en Europe, malgré l’opposition de l’ordre cistercien officiel.

La Révolution française (1790) disperse les moines : l’abbaye est vendue comme bien national, ses bâtiments détruits, et les religieux exilés ou guillotinés. Augustin de Lestrange fuit en Suisse avec 24 moines, fondant des refuges à La Valsainte puis en Russie (1797). Après des péréginations en Europe, les trappistes reviennent en 1814, rétablissant la vie monastique à Soligny en 1827. L’abbaye, toujours active, reste un symbole de la réforme trappiste, avec des fondations mondiales.

L’étymologie du nom « Trappe » reste débattue : si une origine latine (Mâcre nageante) ou celtique (clan) est évoquée, l’hypothèse germanique (Treppe, « escalier » ou « piège ») semble la plus plausible, liée au relief ou aux pratiques cynégétiques locales. Les moines ont aménagé le site avec des étangs (Robin, Dais, Chaumont) et exploité la forêt domaniale du Perche, tout en défrichant des terres réputées inhospitalières avant leur arrivée.

Au XXIe siècle, l’abbaye perpétue sa tradition monastique et lance en 2025 une bière artisanale, l’Hercelin, brassée d’après une ancienne recette. Le site, partiellement reconstruit après les destructions révolutionnaires, conserve son orientation atypique (nord-est) et son lien avec la forêt, héritage de son histoire cistercienne.

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