Origine et histoire
Le château de Montfort-sur-Risle, construit au XIe siècle par Hugues Ier de Montfort, est un exemple emblématique d’architecture militaire médiévale. Implanté sur un éperon rocheux à 100 mètres d’altitude, il contrôlait les voies terrestres entre Pont-Audemer et Brionne, ainsi que le trafic fluvial de la Risle. Son emplacement stratégique en faisait un point de défense clé pour le duché de Normandie, notamment lors des conflits entre Normands et Francs, puis entre les rois de France et d’Angleterre.
Les origines du château restent débattues : certains historiens évoquent une occupation gallo-romaine, tandis que d’autres privilégient une fondation franque. Hugues Ier, surnommé Hugues à la Barbe, érigea la première enceinte en pierre vers 1030, dans un contexte de luttes féodales sous la minorité de Guillaume le Bâtard. Son arrière-petit-fils, Hugues IV, renforça la forteresse au XIIe siècle, ajoutant un donjon rectangulaire et des tours de flanquement, probablement en réponse aux tensions politiques, comme la conspiration de la Croix-Saint-Leufroy (1122) visant à placer Guillaume Cliton sur le trône.
Le château joua un rôle majeur dans les conflits normands. Hugues II de Montfort, connétable du duc Guillaume, participa à la victoire de Mortemer (1054) et à la conquête de l’Angleterre en 1066, recevant en récompense des terres outre-Manche. Cependant, les alliances fluctuantes des seigneurs de Montfort — tantôt fidèles aux ducs de Normandie, tantôt rebelles — conduisirent à des sièges répétés. En 1122, Henri Ier d’Angleterre assiégea et prit la forteresse, la confiant à Galéran IV de Meulan. Les Montfort ne la récupérèrent qu’en 1153, sous Robert II, qui y exerca un pouvoir considérable avec 55 chevaliers sous sa bannière.
La forteresse subit des destructions majeures au début du XIIIe siècle. En 1203, Hugues V de Montfort, fidèle à Jean sans Terre, perdit la vie au combat, et le château fut livré à Philippe Auguste par Hugues de Gournay. Repris par les Anglais, il fut partiellement démantelé : tours rasées, murailles abattues, puits comblé, et étages supérieurs du donjon détruits. Les envoyés de Philippe Auguste n’y trouvèrent plus que des ruines, marquant la fin de son rôle militaire. Les vestiges, inscrits aux monuments historiques en 1937, furent restaurés par des bénévoles entre 2009 et 2017.
Le site s’étend sur 4,6 hectares, avec une haute cour de 3 600 m2 protégée par quatre tours d’angle et une tour-porte dite Saint-Nicolas. Le donjon, de 18 × 16 mètres, présente des contreforts plats et une chemise partielle, tandis que les courtines, épaisses de 2 mètres, sont ceinturées de fossés profonds de 10 mètres. Les matériaux — silex, blocaille et pierre calcaire — témoignent de techniques de construction évolutives, avec des traces d’opus spicatum (IXe–Xe siècles) près du donjon. Deux phases de construction distinctes ont été identifiées, reflétant les adaptations militaires successives.
Aujourd’hui, les ruines du château, accessibles librement, sont gérées par des associations locales comme Montfort Culture et Patrimoine et les Chantiers Histoire et Architecture Médiévales (CHAM). Ces dernières ont mené des campagnes de dévégétalisation, de consolidation des structures et d’aménagements touristiques, comme un jardin médiéval et des aires de pique-nique. Les Médiévales, organisées chaque premier week-end de septembre, animent le site et mettent en valeur son histoire, tout en attirant un public familial. Malgré son état de ruine, le château reste un symbole de l’héritage normand et un lieu de mémoire des luttes féodales.
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