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Châteaux de Ternier en Haute-Savoie

Haute-Savoie

Châteaux de Ternier

    41 Avenue de Ternier
    74160 Saint-Julien-en-Genevois
erbog74

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1200
1300
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1220
Première mention du toponyme
1225
Première mention du château
1250
Mise en gage à la Savoie
1252
Création d’un marché hebdomadaire
1321-1328
Construction de la tour quadrangulaire
1418
Fin de la lignée des Ternier
1536-1567
Occupation bernoise
1er juin 1589
Siège et destruction des châteaux
1780
Suppression du bailliage
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Personnages clés

Aymon de Ternier - Baron de Ternier (XIIe siècle) Mentionné dans des chartes du XIIe.
Pierre de Savoie - Comte et arbitre Prend Genève en 1249, arbitre le conflit.
Rodolphe de Genève - Fils du comte de Genève Bénéficie du marché de Ternier en 1252.
Girard de Ternier - Dernier héritier des Ternier Lègue la Poype en 1418 aux Montchenu.
Charles-Emmanuel Ier de Savoie - Duc de Savoie Détruit les châteaux en 1589 après un siège.
Richard de Montchenu - Héritier de la Poype Reçoit les biens de Girard de Ternier.

Origine et histoire

Les châteaux de Ternier, situés sur une colline du village actuel de Ternier (commune de Saint-Julien-en-Genevois, Haute-Savoie), étaient deux édifices fortifiés du XIIIe siècle, peut-être construits sur des structures antérieures. Le site, appelé poype en savoyard (motte castrale), surplombait les vallons de l’Aire et de l’Arande à 490 mètres d’altitude. Ces forteresses contrôlaient la route Genève-Chambéry, aux côtés du château de Viry, dans une zone frontalière disputée entre les comtes de Genève, les Savoie et plus tard les Bernois.

À l’origine, le château comtal appartenait probablement à la famille de Ternier, une lignée noble rivale des comtes de Genève, avant d’être cédé à ces derniers au XIIe ou XIIIe siècle. La maison-forte de la Poype, voisine, restait entre les mains des Ternier, qui portaient les titres de barons puis de vicomtes. Le toponyme Ternier (attesté dès 1220 sous les formes Terniaco ou Ternye) viendrait d’un domaine gallo-romain (Terniacum) ou d’une désignation de confins (Terra ad lacum, « terres du bout du lac Léman »).

Au Moyen Âge, les châteaux furent au cœur des conflits entre les comtes de Genève et la maison de Savoie. En 1250, le château comtal fut mis en gage par le comte de Genève à Philippe Ier de Savoie, avant de revenir aux Genève. En 1252, l’évêque de Genève accorda un marché hebdomadaire à Ternier, soulignant son rôle économique. Au XIVe siècle, la seigneurie devint une châtellenie comtale, gérée par des châtelains nommés pour percevoir les revenus et entretenir les forteresses. Les Ternier, bien que vassaux, conservèrent la Poype jusqu’en 1418, date à laquelle Girard de Ternier, dernier héritier, légua ses biens à son neveu Richard de Montchenu.

La période moderne fut marquée par les guerres de Religion et les tensions entre Genève protestante et la Savoie catholique. En 1536, Berne occupa Ternier, en faisant un bailliage jusqu’en 1567. En 1589, les Genevois prirent le château comtal, avant que le duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie ne le reprenne après un siège canonnier. Malgré la reddition des défenseurs, le duc fit pendre les 40 soldats genevois et rasa les châteaux. La seigneurie fut définitivement réintégrée à la Savoie, avant la suppression du bailliage en 1780.

Architecturalement, les deux châteaux présentaient des caractéristiques défensives avancées pour l’époque. Le château comtal comportait un donjon de 21 mètres avec des murs de 2,8 mètres d’épaisseur, remanié plusieurs fois, et une tour quadrangulaire (13×11 mètres) ajoutée entre 1321 et 1328. Un mur-bouclier en angle protégeait l’enceinte. La Poype, entourée d’une double enceinte, abritait une chapelle Saint-Nicolas et servait de résidence à la famille de Ternier. Aujourd’hui, il n’en reste que des vestiges enfouis sous la végétation, dont les traces des fossés et des voies d’accès.

Les châteaux de Ternier illustrent les enjeux stratégiques et dynastiques de la région. Leur destruction en 1589 symbolise les luttes entre Savoie et Genève, tandis que leur histoire reflète les alliances changeantes des familles nobles locales (Ternier, Montchenu, Milliet de Challes). Les archives, comme les comptes de châtellenie conservés à Chambéry (SA 12119-12189), témoignent de leur rôle administratif et militaire jusqu’à leur déclin à l’époque moderne.

Liens externes