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Couvent cistercien de Schoenensteinbach à Wittenheim dans le Haut-Rhin

Couvent cistercien de Schoenensteinbach

    260 D20.2
    68270 Wittenheim
Propriété d'une société privée

Frise chronologique

Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1100
1200
1300
1400
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1138
Fondation légendaire
1160
Passage aux Augustins
1365
Premier saccage
1397
Reconstruction dominicaine
1419
Réforme des Unterlinden
1525
Destruction par les paysans
1792
Fermeture révolutionnaire
1989
Inscription MH
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Totalité des vestiges, y compris le sol (cad. 21 22 ; 23 1) : inscription par arrêté du 22 décembre 1989

Personnages clés

Mechthild et Kunigunde von Wittenheim - Fondatrices légendaires Filles de Nochero, initiatrices du monastère en 1138.
Nochero von Wittenheim - Chevalier et donateur Père des fondatrices, soutint la construction.
Léopold IV de Habsbourg - Protecteur et reconstructeur Finança la reconstruction en 1397.
Raymond de Capoue - Réformateur dominicain Inspira la transformation en couvent modèle.
Clara Anna von Hohenburg - Prieure réformatrice Dirigea l’âge d’or du monastère (début XVe).
Margaretha Ursula von Masmünster - Prieure et bienfaitrice Y fut inhumée en 1426.

Origine et histoire

Le couvent cistercien de Schoenensteinbach, situé à Wittenheim (Haut-Rhin, Grand Est), trouve ses origines dans une légende de 1138 : deux sœurs, Mechthild et Kunigunde von Wittenheim, y auraient fondé un monastère dans une grange isolée au cœur de la forêt de Nonnenbruchwald. Leur père, le chevalier Nochero, surprit par leur détermination, soutint sa construction. Ce site, initialement précaire, devint un couvent augustinien en 1160, puis dominicain en 1397 sous l’impulsion de Léopold IV de Habsbourg et de réformateurs comme Raymond de Capoue.

Le monastère connut un âge d’or aux XIVe–XVe siècles, devenant un modèle de réforme monastique en Alsace et en Allemagne. Il essaimera des religieuses vers d’autres couvents, comme celui des Unterlinden à Colmar (1419) ou de Nuremberg (1428). Son influence s’étendit grâce à un réseau d’échanges de manuscrits, dont un livre d’heures aujourd’hui conservé au Musée Calouste-Gulbenkian. Cependant, sa position vulnérable en plaine du Rhin l’exposa à des pillages : saccagé en 1365 par les Anglais pendant la guerre de Cent Ans, puis incendié en 1375 par les Gugler, il fut reconstruit grâce à l’appui des Habsbourg.

La Révolution française marqua sa fin : fermé en 1792, ses biens furent saisis et le site vendu en 1795. Le maire de Wittenheim acquit les ruines pour en réutiliser les pierres, effaçant presque toute trace du couvent. Au XXe siècle, des fouilles (notamment en 1987) révélèrent ses fondations, dont celles de la nef et de l’abside. Aujourd’hui, une partie des vestiges subsiste au 260 rue de Soultz, et un calvaire de 1688 rappelle son emplacement. Le site, inscrit aux monuments historiques depuis 1989, reste propriété privée.

La légende fondatrice, consignée par Seraphin Dietler dans sa Chronique de Schönensteinbach, décrit un conflit initial avec les comtes de Pfirt, dont les excès poussèrent les religieuses à quitter leur premier monastère. Nochero von Wittenheim, d’abord réticent, finit par leur offrir la grange forestière qui devint le noyau du couvent. Ce récit illustre les tensions entre pouvoir laïc et vie monastique au Moyen Âge, ainsi que le rôle des familles nobles dans la fondation des abbayes.

Parmi les épisodes marquants, le soulèvement paysan de 1525 vit le couvent pillé et détruit, obligeant les religieuses à fuir vers Ensisheim. Les paysans, vaincus, durent financer sa reconstruction (8 000 florins). Au XVe siècle, le couvent abritait des figures comme Clara Anna von Hohenburg, prieure réformatrice, ou Margaretha Ursula von Masmünster, dont la tombe y fut installée en 1426. Ces femmes jouèrent un rôle clé dans la diffusion des idéaux dominicains en Europe centrale.

L’architecture du couvent, aujourd’hui réduite à des soubassements et des fondations, reflétait son importance passée. Les fouilles ont mis au jour la nef et l’abside, tandis que l’ancienne hôtellerie, transformée en 1924, est le seul bâtiment partiellement conservé. Le site, bien que fermé au public, conserve une valeur patrimoniale forte, liée à l’histoire religieuse et sociale de l’Alsace pré-révolutionnaire.

Liens externes