Origine et histoire du Couvent des Frères Prêcheurs
Le couvent des Frères Prêcheurs de Perpignan, fondé vers 1245 sous l’impulsion du roi d’Aragon Jacques Ier le Conquérant, s’élève sur l’emplacement d’une ancienne léproserie offerte aux dominicains. Ce monument, rattaché à la province de Provence jusqu’au XVe siècle, devint une nécropole pour les princes de Majorque et abritait une relique de saint Jean-Baptiste, expliquant son architecture imposante et son style gothique méridional bien conservé. Le couvent prospéra au XIVe siècle, marqué par la présence de figures comme Pierre Fabre et saint Vincent Ferrier, qui y séjournèrent lors du concile de la Réal (1408-1415).
L’ensemble architectural, classé aux Monuments historiques en 1977, comprend une église à nef unique flanquée de chapelles latérales, un cloître remanié aux XVe et XVIe siècles, et une salle capitulaire du XIVe siècle, dite « maison du Miracle » en référence à une légende liée à saint Dominique. L’église, dédiée à Notre-Dame, fut agrandie entre 1300 et 1330 pour adopter le style gothique, tandis que le cloître, partiellement détruit, conserve une aile ouest en brique rose et des galeries aux chapiteaux primitifs. La chapelle Notre-Dame, ancienne siège du Tiers-Ordre, arbore des peintures murales « trompe-l’œil » de la fin du XVIIIe siècle.
Le couvent connut des bouleversements majeurs : chassés en 1793 lors de la Révolution, les dominicains laissèrent les lieux à l’abandon avant qu’ils ne soient confisqués par l’armée, qui les occupa jusqu’à la fin du XXe siècle. Au XXIe siècle, une partie du cloître reste utilisée par les militaires, tandis que le reste des bâtiments, propriété de la ville de Perpignan, accueille des expositions comme le festival « Visa pour l’Image ». Son histoire reflète les tensions politiques entre les royaumes d’Aragon et de Majorque, notamment avec la signature d’un traité dans la chapelle Saint-Dominique au XVIe siècle.
L’architecture du couvent mêle des éléments des XIIIe et XIVe siècles, avec des ajouts des XVe, XVIe et XVIIIe siècles. La façade de l’église présente cinq absides groupées, caractéristiques du gothique méridional, tandis que la salle capitulaire, adossée à la chapelle Saint-Georges, illustre le procédé catalan de voûtement. Le réfectoire et le dortoir, situés dans l’aile occidentale, datent des XIVe et XVe siècles. Les vestiges du cloître-cimetière du XIIIe siècle, situés au sud-ouest, rappellent la fonction funéraire initiale du site.
Le couvent doit aussi sa renommée à des reliques, comme le bras gauche de saint Jean-Baptiste apporté en 1324 par un pèlerin de Compostelle, et à des légendes, telle celle du parchemin de saint Dominique épargné par les flammes. Ces éléments, combinés à son rôle dans les conflits médiévaux et à sa conservation remarquable, en font un témoignage majeur de l’histoire religieuse et politique du Roussillon.