Origine et histoire de l'Église Notre-Dame-des-Missions
L'église Notre‑Dame‑des‑Missions, dite aussi Notre‑Dame‑des‑Missions‑du‑Cygne‑d'Enghien, a été conçue comme pavillon des missions catholiques pour l'Exposition coloniale internationale de 1931 par l'architecte Paul Tournon et construite entre 1929 et 1931. Présentée "à la gloire de la conquête missionnaire de l'Église catholique", la chapelle fut transférée après l'exposition et reconstruite en 1932 à Épinay‑sur‑Seine sur un terrain offert par la famille Firmin‑Didot, grâce à une souscription nationale lancée par le maréchal Lyautey. Le pavillon d'origine, réalisé en matériaux légers, fut remplacé par une construction en béton armé afin de conserver la plupart des œuvres monumentales. Implanté en Seine‑Saint‑Denis, l'édifice sert depuis de lieu de culte paroissial au sein du diocèse de Saint‑Denis.
La façade et plusieurs verrières ont bénéficié d'innovations techniques : la maîtresse‑verrière Marguerite Huré a employé la "brique Huré", procédé breveté en 1930, pour une rosace octogonale en verre coloré. Les vitraux, les peintures et les sculptures ont été réalisés par des artistes des Ateliers d'Art sacré, coordonnés par Henri de Maistre, et la majorité des verrières provient de l'atelier de Louis Barillet. La figure centrale du Christ missionnaire et plusieurs personnages sont de Jean Hébert‑Stevens, et d'autres verriers tels qu'André Rinuy, Marguerite Huré et Pauline Peugniez ont également contribué.
Derrière l'autel, la verrière centrale montre en haut le Christ missionnaire penché sur le monde (Jean Hébert‑Stevens) et en bas les apôtres partant évangéliser (Pauline Peugniez); la verrière de gauche illustre l'Église portant la bonne nouvelle à travers le monde (Jean‑Jacques Le Chevalier et l'atelier Louis Barillet et Hansen) et celle de droite représente l'implantation et la fructification de l'Église dans les terres lointaines (dessins de Valentine Reyre, exécution Marguerite Huré). Quatre des huit béatitudes sculptées sont l'œuvre de Raymond Delamarre — Heureux les pauvres d'esprit, Heureux ceux qui pleurent, Heureux ceux qui ont le cœur pur, Heureux les pacifiques — et les quatre autres sont dues à Anne‑Marie Roux‑Colas.
Douze fresques trapézoïdales peintes sur toiles marouflées, coordonnées par Henri de Maistre, figurent les zones d'expansion du christianisme à travers les siècles et ont été réalisées par différents artistes : Maurice Denis traite de l'évangélisation du Moyen‑Orient et du monde gréco‑latin par Pierre et Paul; Henri Marret évoque la Gaule et ses martyrs; Pauline Peugniez et Charles Plessard abordent l'Irlande; Valentine Reyre illustre la christianisation de l'Angleterre; Paul de Laboulaye représente la Germanie avec saint Boniface; Georges Ballot montre l'évangélisation des Slaves; Émile Beaume traite de la Chine; Lucien Simon peint l'œuvre de saint François‑Xavier en Inde; Robert‑Albert Génicot aborde le Japon; Henri de Maistre rend hommage aux martyrs canadiens; Raymond Virac présente les missions au Tonkin, au Laos et au Cambodge; Georges Desvallières synthétise la mission en Afrique. Au fond de l'église, en légère contre‑bas pour évoquer le lit du Jourdain, le baptistère est décoré par Élisabeth Branly, épouse de Paul Tournon; ces décors, recouverts puis retrouvés lors de la restauration, font partie des réalisations qu'elle a signées pour plusieurs édifices conçus par son mari.
Orientée au nord‑est, l'église adopte un plan allongé de type basilical avec une grande nef et deux collatéraux, une toiture à trois niveaux et des murs de refend qui accueillent les fresques tout en jouant un rôle structurel analogue aux arcs‑boutants; le maître‑autel est élevé d'une douzaine de marches et la crypte sous‑jacente a été utilisée comme salle paroissiale. La façade associe motifs d'inspiration annamite et éléments Art déco : le porche reprend la silhouette d'une pagode à trois toits ornée d'idéogrammes et d'un décor en grès vernissé conçu par Raymond Virac, assisté par Mlle Lorimy et exécuté par Robert Barriot. Les combles présentent des angles recourbés et des références stylistiques variées — bouddhiques, fétichistes et africaines — tandis que Roger de Villiers a sculpté la Vierge posée sur un globe terrien écrasant la tête du serpent qui surmonte la façade.
Carlo Sarrabezolles a sculpté les six acrotères moulurés de la toiture et réalisé les quatre statues monumentales d'environ sept mètres représentant "Les Quatre races" selon la technique de la taille directe du béton en prise, méthode qu'il avait déjà employée sur d'autres édifices. Le clocher de 37 mètres, dont la forme évoque un minaret, est revêtu de pierre brune rappelant l'Afrique équatoriale; hormis ces éléments, la façade présente une parenté avec celle de l'église de Vũng Tàu (ex‑Cap Saint‑Jacques) au Viêt Nam.
L'édifice, lié à l'Œuvre des Chantiers du Cardinal, a été inauguré en 1933 par le cardinal Jean Verdier en présence de Lyautey et Lacaze, la grande cloche ayant été installée et inaugurée en 1935. Classée monument historique par arrêté du 14 juin 1994, Notre‑Dame‑des‑Missions a fait l'objet de travaux de rénovation dans les années 2000; elle reste propriété du diocèse de Saint‑Denis et accueille des célébrations régulières, notamment le vendredi à 18 h 30 et le dimanche à 11 h 15. Le 13 octobre 2019, elle a été le point de départ du pèlerinage diocésain pour la fête de Saint‑Denis.
Une vignette philatélique représentant l'édifice, dessinée et gravée par Christophe Laborde‑Balen d'après des photographies de l'association Les Amis de Notre‑Dame‑des‑Missions, a été éditée à 1 500 000 exemplaires et mise en vente le 21 mars 2016 au tarif de 0,70 €. L'église est accessible depuis les gares d'Épinay‑sur‑Seine (RER C, T11) et de Saint‑Gratien (RER C).