Frise chronologique
Fin XIe siècle
Première mention des seigneurs
Première mention des seigneurs
Fin XIe siècle (≈ 1195)
Algerius de Venevelles, moine de Saint-Aubin d’Angers.
XIIIe siècle
Arrivée des d’Espaigne
Arrivée des d’Espaigne
XIIIe siècle (≈ 1350)
Herbert d’Espaigne premier seigneur attesté.
1460–1480
Reconstruction du logis
Reconstruction du logis
1460–1480 (≈ 1470)
Manoir actuel édifié après la guerre.
1503
Bénédiction de la chapelle
Bénédiction de la chapelle
1503 (≈ 1503)
Par le cardinal de Luxembourg, évêque du Mans.
1654
Érection en marquisat
Érection en marquisat
1654 (≈ 1654)
Pour Henri-Paul d’Espaigne, gentilhomme du roi.
1686
Occupation par les dragons
Occupation par les dragons
1686 (≈ 1686)
Répression du protestantisme sous Louis XIV.
1799
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1799 (≈ 1799)
Achat par le citoyen Jouanneau après l’émigration.
1963
Classement monument historique
Classement monument historique
1963 (≈ 1963)
Inscrit par Norbert Dufourcq, propriétaire depuis 1955.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Inscrit MH
Personnages clés
| Herbert d’Espaigne - Premier seigneur d’Espaigne à Venevelles |
Attesté à la fin du XIIIe siècle. |
| Henri-Paul d’Espaigne - Marquis de Venevelles, gentilhomme du roi |
Transforme le manoir au XVIIe siècle. |
| Suzanne Le Vasseur - Épouse d’Henri-Paul, protestante engagée |
Poursuit les travaux après 1656. |
| Norbert Dufourcq - Musicologue et historien, sauveur du manoir |
Restaure et classe le monument en 1963. |
| Toyosaku Saïto - Peintre japonais, propriétaire en 1926 |
Précède Norbert Dufourcq comme acquéreur. |
Origine et histoire
Le manoir de Venevelles, aussi appelé château de Venevelles, trouve ses origines au XIe siècle dans la vallée de l’Aune, au pied d’une colline boisée autrefois occupée par un castrum romain. Son nom, dérivé du gaulois verna (aulne) et val (vallée), évoque son emplacement au bord de la rivière. Propriété des moines de l’abbaye Saint-Aubin d’Angers à la fin du XIe siècle, le domaine passe aux mains de la famille d’Espaigne à partir du XIIIe siècle. Ces seigneurs, originaires de Saint-Gervais-en-Belin, reconstruisent le manoir après la guerre de Cent Ans (XVe siècle), transformant une maison forte médiévale en une résidence adaptée aux goûts de la Renaissance.
Au XVIIe siècle, sous l’impulsion d’Henri-Paul d’Espaigne et de son épouse Suzanne Le Vasseur, le manoir devient un foyer du calvinisme en Anjou. Fervents protestants, ils accueillent des assemblées réformées et envoient leurs enfants étudier à l’académie de Saumur. Le domaine, érigé en marquisat en 1654, est profondément remanié : suppression d’un étage pour créer un étage noble, ajout d’un escalier d’honneur, construction d’un pont-levis et d’un parc à la française (vers 1650). La tour sud-est, surnommée la « Huguenotière », symbolise cette période. Après la mort d’Henri-Paul en 1656, Suzanne Le Vasseur poursuit les travaux, mais la famille, ruinée, doit céder une partie des terres pour couvrir ses dettes.
Le manoir change plusieurs fois de mains après la Révolution. Vendu comme bien national en 1799, il est racheté en 1802 par la veuve d’Henri-Jacques d’Espaigne, avant d’être revendu en 1807 à Armand Constant Lebaigue, maire de Luché-Pringé. Au XXe siècle, le peintre japonais Toyosaku Saïto en devient propriétaire en 1926, puis le musicologue Norbert Dufourcq l’acquiert en 1955. Ce dernier, passionné par l’histoire du lieu, entreprend d’importantes restaurations et obtient son classement aux monuments historiques en 1963. Ses recherches, compilées dans l’ouvrage « Nobles et paysans aux confins du Maine et de l’Anjou » (1988), restent la référence sur la seigneurie de Venevelles.
Architecturalement, le manoir allie des éléments médiévaux (logis du XVe siècle, douves, tourelles) et des ajouts Renaissance (pavillons Louis XIII, chapelle à voûtes Plantagenêt). Le site, ceint de douves alimentées par l’Aune, conserve aussi des traces d’un réseau de galeries souterraines, dont une aurait relié Venevelles au château de la Grifferie. La chapelle, bénie en 1503 par le cardinal de Luxembourg, et les communs du XVIe siècle complètent cet ensemble remarquable.
La famille d’Espaigne, propriétaire pendant près de sept siècles, marque durablement l’histoire du lieu. Après leur émigration pendant la Révolution, le manoir traverse des périodes de déclin avant d’être sauvé par Norbert Dufourcq. Aujourd’hui, il témoigne à la fois de l’architecture défensive médiévale, des transformations Renaissance, et de l’histoire religieuse mouvementée de l’Anjou et du Maine.