Origine et histoire
L'abbaye d'Alet-les-Bains, fondée au Xe siècle, était une communauté bénédictine implantée dans la commune d'Alet-les-Bains. Entre 1318 et 1801, son abbatiale élevée au rang de cathédrale fut le siège de l'évêché d'Alet, d'abord sous le vocable de Notre-Dame, puis, après la destruction de l'abbatiale pendant les guerres de Religion, sous celui de Saint-Benoît. Depuis 2009, elle est le siège de l'évêque titulaire d'Alet. La cathédrale et plusieurs éléments de l'abbaye sont protégés au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et par des arrêtés de 1922.
Alet-les-Bains se situe dans l'ancien comté du Razès, dont la capitale était Rheda et qui dépendait de l'archevêché de Narbonne; Charlemagne y a défini le comté et y plaça Guillaume de Gellone. Selon la tradition, un monastère existait dès l'origine sur ce territoire, et une charte de 813 attribue à Berà et Romella l'élévation de ce monastère au rang d'abbaye Notre-Dame avec adoption de la règle bénédictine. Depuis les années 1970, les chercheurs considèrent cependant que cette charte est un faux du XIe siècle et que l'abbaye apparaît plus vraisemblablement à la fin du Xe siècle, avec pour premier abbé connu Benoît en 970. L'abbaye fut ravagée avant 1058 par le comte de Carcassonne au cours d'un conflit entre l'archevêque Guifred et le vicomte Bérenger. L'abbé Pons Amiel (1167-1197) dota l'abbaye et le bourg d'une enceinte défensive.
Prosperant et influente, l'abbaye fut affectée par la croisade contre les cathares : habitants et moines s'étant ralliés aux Trencavel furent excommuniés après la victoire de Simon de Montfort. Les moines demandèrent ensuite la protection du comte de Foix et, bien que autorisés à réintégrer leur abbaye lors de la pacification, ils restèrent suspects auprès de la hiérarchie ecclésiastique. En 1268, l'abbé Raimon II, à la tête d'une troupe armée, prit et incendia le château de Fa, tua la garnison et détruisit la tour carrée; il fut excommunié par l'archevêque Maurin et condamné à rétablir la tour.
Le pape Jean XXII, jugeant l'archevêché de Narbonne trop vaste, décida de le scinder et créa de nouveaux évêchés; le choix initial de Limoux fut contesté par les moniales de Prouilhe, qui obtinrent gain de cause, si bien que le siège fut finalement transféré à Alet. L'abbatiale Notre-Dame d'Alet devint ainsi cathédrale en 1318; le diocèse couvrait essentiellement l'ancien pagus Redensis et était limité par Mirepoix, Narbonne, Elne et Pamiers.
Pendant les guerres de Religion, les huguenots prirent Alet en 1573 et, le 6 janvier 1577, dépouillèrent la cathédrale, renversèrent ses autels et brisèrent ses vitraux. L'évêque Antoine II de Dax, pourvu du siège en 1564 et installé en 1565, fut retenu prisonnier lors des événements; la cité fut saccagée, le palais épiscopal démoli et la cathédrale Sainte-Marie détruite; il mourut en 1579. Alet connut plusieurs assauts (sept ou huit selon les chroniqueurs) et, lors d'un des affrontements de 1577, un boulet de canon fit effondrer une partie de la toiture; l'édifice servit ensuite de carrière pour relever les remparts.
Vers 1600, la cathédrale Notre-Dame fut abandonnée au profit d'une cathédrale de fortune aménagée dans les vestiges conventuels, dite cathédrale Saint-Benoît. Ruiné par ces conflits, le pays ne répara pas la toiture et le monument s'effondra progressivement; le dernier des trente-cinq évêques vendit les murs. À la Révolution, le diocèse d'Alet fut supprimé et son territoire rattaché à celui de l'évêché de Carcassonne; le concordat de 1801 entérina la suppression du siège et répartit son territoire entre Carcassonne, Perpignan et Toulouse.
La construction de la route CD 118 a amputé l'édifice de quatre des cinq absides rayonnantes, entraînant l'effondrement de pans de mur. La cathédrale, en ruines, a été classée parmi les monuments historiques dès la liste de 1862; la porte fut classée le 18 février 1922, et la salle capitulaire, la chapelle polygonale et les murs du cloître le 25 mars 1922. Des travaux de restauration commencèrent en 1903, les vestiges furent dégagés en 1947 et une opération récente de consolidation a permis de sauver le chœur roman, la partie la plus ancienne du monument.
De la création du diocèse en 1318 à sa suppression en 1790, trente-cinq évêques se sont succédé; le plus connu est Nicolas Pavillon, qui exerça de 1637 à 1677 et soutint le mouvement janséniste. Le diocèse possédait notamment l'église Saint-Martin-de-Tura à Rivesaltes, ultérieurement rattachée à l'abbaye de Fontfroide.