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Sucrerie de Francières dans l'Oise

Oise

Sucrerie de Francières

    12 Nord Hameau de la Sucrerie
    60190 Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Sucrerie de Francières
Crédit photo : Owen Phillips - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1800
1900
2000
1829
Fondation de la sucrerie
1833
Rachat par Crespel-Delisse
1854
Ajout d’une distillerie
1891
Raccordement ferroviaire
1969
Fermeture définitive
1999
Classement Monument Historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Ensemble des bâtiments, exceptés la laverie, la citerne à fuel lourd moderne et le nouveau bâtiment de stockage agricole construit en 1995 (cad. ZA 33 ; ZK 1 ; A 74 à 81, 97 à 104, 111, 112, 115) : inscription par arrêté du 22 juin 1999

Personnages clés

César-Auguste Thirial - Fondateur et maire de Francières Créa la sucrerie en 1829.
Jean-François Xavier Crespel-Delisse - Industriel et pionnier sucrier Modernisa l’usine après 1833.
Claude Leyvraz - Ingénieur et directeur Développa la distillerie en 1854.
Gaston Benoit - Directeur paternaliste Modernisa le site (1906-1947).
Marguerite Benoit - Dirigeante pendant les guerres Géra l’usine en 1914-1918 et 1947-1969.
Jean-Pierre Bricout - Descendant et mécène Fonda l’ASSF en 1996.

Origine et histoire

La sucrerie-distillerie de Francières, fondée en 1829 par César-Auguste Thirial, maire de Francières et exploitant agricole, est l’une des premières usines sucrières du département de l’Oise. Implantée le long de la route royale (actuelle RD 1017), elle est approvisionnée en betteraves par la ferme de Fresnel, propriété de Thirial. Les bâtiments initiaux, dont la « Halle Thirial » et les conciergeries, forment un ensemble rare d’architecture industrielle rurale du XIXe siècle. La production s’interrompt brièvement en 1830, puis l’usine est rachetée en 1833 par Jean-François Xavier Crespel-Delisse, pionnier de l’industrie sucrière française, qui modernise et étend le site avec l’aide de l’ingénieur Claude Leyvraz.

Sous la direction de Crespel-Delisse et Leyvraz, la sucrerie se développe rapidement : ateliers, magasin à betteraves, usine à gaz, et premiers logements ouvriers sont construits. En 1854, Leyvraz ajoute une distillerie d’alcool de betteraves, faisant de Francières l’un des sites les plus modernes de la région. Cependant, des difficultés financières contraignent Crespel à se retirer en 1859, et l’usine est vendue aux enchères. Rachatée par Denis-Marin Bachoux et Frédéric Grieninger, elle bénéficie de nouvelles innovations techniques, comme la cheminée de 35 mètres (1860-1861) et un four à chaux, sous la direction des chimistes Charles-François Gallois et François Dupont.

L’ère des Benoit (1891-1969) marque l’apogée et le déclin de la sucrerie. Gaston Benoit, gendre de Prudent Druelle, modernise le site après 1906 et instaure un paternalisme social marqué : école pour les enfants d’ouvriers (1907), chapelle, logements, et politique d’encadrement catholique. Pendant la Première Guerre mondiale, son épouse Marguerite Benoit dirige l’usine malgré l’occupation allemande et les réquisitions. L’entre-deux-guerres voit une nouvelle expansion (distillerie en 1933, bunker en 1938), mais la Seconde Guerre mondiale et les contraintes économiques affaiblissent l’entreprise. Après 1947, malgré les efforts de Jean Valette puis de Marguerite Benoit, la sucrerie, restée familiale, ne peut rivaliser avec les grands groupes industriels et ferme définitivement en 1969.

Abandonnée dans les années 1970, la sucrerie devient une friche industrielle jusqu’à sa reconnaissance patrimoniale. En 1996, l’Association pour la Sauvegarde de la Sucrerie de Francières (ASSF) est créée pour préserver le site, inscrit aux Monuments Historiques en 1999. Depuis 2012, un centre d’interprétation dédié à l’histoire sucrière y est installé, géré par Planète Sciences Hauts-de-France. Les bénévoles de l’ASSF restaurent progressivement les bâtiments (école, chapelle, cheminée, four à chaux), tandis que le site participe à des initiatives comme le Loto du Patrimoine (2023). La sucrerie, avec ses halls en brique, ses machines anciennes et son hameau ouvrier, témoigne aujourd’hui de deux siècles d’histoire industrielle et sociale.

Le site conserve un ensemble architectural remarquable, incluant la « Halle Thirial » (1829), la cheminée tronconique, les distilleries, et des bâtiments annexes (écuries, logements, chapelle). Son organisation spatiale reflète les étapes de production du sucre : cour de déchargement, salle de lavage (1930), ateliers de découpage, diffusion, et cristallisation. Le raccordement ferroviaire (1891) et les extensions successives illustrent l’évolution technologique et économique de l’industrie sucrière. Classée pour son authenticité, la sucrerie de Francières est aussi un lieu de mémoire, ayant servi de décor au film Le Jardinier (1981) et au clip Des Chiffres d’Oré (2022).

Liens externes