Logo Musée du Patrimoine

Tout le patrimoine français classé par régions, départements et villes

Ancienne glacière

Ancienne glacière

    9 Rue L’Herminier
    97100 Basse-Terre
Ancienne glacière
Ancienne glacière
Crédit photo : Aristoi - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1800
1900
2000
1828
Privilège accordé à Piollet
1829-1833
Construction de la glacière
1834
Vente aux enchères
1845
Retrait du privilège
26 juillet 2002
Classement Monument historique
début XXe siècle
Déclin de la glace naturelle
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

L'ancienne glacière (bâtiment octogonal couvert d'une coupole) en totalité, y compris ses glacis adjacents (cad. AM 625) : inscription par arrêté du 26 juillet 2002

Personnages clés

Piollet - Entrepreneur et concessionnaire Initiateur du projet, obtint le privilège en 1828.
Poulain - Associé de Piollet Participa à la construction entre 1829-1833.
Pedemonte - Négociant et associé Racheta la glacière en 1834 avec Picard.
Picard - Négociant et associé Exploita la glacière jusqu’en 1845.
Frédéric Tudor - Pionnier du commerce de glace Inspira le modèle économique (non confirmé).

Origine et histoire

La glacière de Basse-Terre, construite entre 1829 et 1833 rue L'Herminier, était un bâtiment octogonal en maçonnerie, couvert d’une coupole, conçu pour stocker jusqu’à 20 000 kg de glace. Importée des États-Unis par bateau, la glace était isolée par du bois, de la paille ou de la sciure pour limiter la fonte. L’édifice, accessible par un escalier extérieur aujourd’hui disparu, utilisait des courants d’air naturels pour maintenir une basse température. Son architecture reflétait les techniques de conservation de l’époque, adaptées au climat tropical.

Le projet fut initié en 1828 par Piollet, qui obtint un privilège du gouverneur pour importer et vendre de la glace en Guadeloupe. Associé à Poulain, Pedemonte et Picard, il édifia la glacière entre 1829 et 1833. Dès 1834, le bâtiment fut vendu pour 3 000 francs, suggérant un échec commercial. La maison Pedemonte et Picard le racheta et continua l’activité jusqu’en 1845, date à laquelle le privilège fut retiré en raison de pénuries répétées pendant les périodes de chaleur. La glacière changea plusieurs fois de mains avant d’être convertie en cave à vin.

Ce monument témoigne des échanges économiques transatlantiques au XIXe siècle, notamment le commerce de glace naturelle, initié aux États-Unis par Frédéric Tudor dès 1805. Bien que l’entreprise de Tudor ait essaimé dans les Caraïbes, il est incertain si Piollet et ses associés traitaient directement avec lui. En Guadeloupe, la glace servait surtout à des usages médicaux (hôpitaux) et funéraires (conservation des morts), contrairement à l’Europe où elle se démocratisa comme produit alimentaire. La glacière fut classée Monument historique en 2002, préservant ainsi un vestige rare de cette industrie éphémère.

En 1953, des modifications (ouverture d’une porte cochère, remblaiement du sol) altérèrent partiellement la structure, notamment son système d’évacuation des eaux de fonte. Le mur brise-lames original, aujourd’hui partiellement enfoui, bordait autrefois le boulevard maritime. Les bâtiments en bois adjacents, disparus, furent remplacés par des constructions en béton. Malgré ces transformations, l’édifice conserve son plan octogonal et sa coupole, caractéristiques de son usage premier.

La glacière s’inscrit dans un contexte plus large de modernisation des colonies françaises, où l’introduction de technologies comme la glace artificielle (début XXe siècle) rendit obsolètes les infrastructures dédiées à la glace naturelle. Les concessions pour la vente de glace, accordées jusqu’aux années 1890, reflètent son importance sociale et sanitaire. Aujourd’hui, le site illustre à la fois l’innovation technique de l’époque et les limites des projets commerciaux dans les territoires ultramarins.

Liens externes