Origine et histoire de l'Ascenseur à bateaux
L'ascenseur à bateaux des Fontinettes, ou ascenseur des Fontinettes (ABF), est un ancien ascenseur situé sur le canal de Neufossé à Arques (Pas-de-Calais), unique en France et hors service depuis 1967. Construit entre 1883 et 1887 et inauguré le 8 juillet 1888, il a été inscrit au titre des monuments historiques le 7 octobre 2013 puis classé le 28 février 2014. L'ouvrage remplaçait une échelle de cinq écluses qui permettait de franchir le dénivelé de 13,13 mètres entre le bassin de l'Aa et celui de la Lys sur une section du canal de Neufossé longue de 18 km, pour un dénivelé total de 16,68 m. Inspiré par l'ascenseur d'Anderton en Angleterre, il a été réalisé à l'initiative des Ponts et Chaussées ; le directeur Bertin consulta Edwin Clark, l'architecte anglais, les parties métalliques furent fournies par la Société des anciens établissements Cail et le chantier supervisé par George Penin. Pendant l'exploitation, le trafic des péniches alternait sur une semaine, avec les quatre premiers jours consacrés aux montées, qui duraient en moyenne quatre-vingt-dix minutes, puis trois jours aux descentes, d'environ une heure et dix minutes, des durées allongées par l'obligation de laisser un sas vide entre deux bateaux et par l'augmentation du trafic au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle. Le fonctionnement était entièrement hydraulique : deux bacs remplis d'eau, chacun capable d'accueillir une péniche au gabarit Freycinet (38,50 m × 5,05 m, 2 m de tirant d'eau), s'équilibraient sur des pistons en double presse hydraulique ; l'un descendait pendant que l'autre montait. Pour provoquer le basculement, on ajoutait au bac supérieur une lame d'eau de 30 cm (soit 64 tonnes) après une opération de fermeture et d'ajustement des portes, puis on procédait à l'oscillation contrôlée ; sans cette manœuvre préalable, les bacs s'équilibreraient et s'arrêteraient. Un boudin en caoutchouc était gonflé au cours de l'oscillation pour limiter les pertes d'eau entre biefs et bacs, de sorte que l'eau consommée pour franchir le dénivelé équivalait à une chute d'un mètre dans une écluse ; la manœuvre complète, de l'entrée des bateaux à leur sortie, durait environ vingt minutes. L'échelle d'écluses fut conservée pendant les 80 ans d'exploitation pour servir lors des entretiens de l'ascenseur ; elle a été détruite en 1963. Le coût d'entretien et le changement de gabarit du canal en 1960 conduisirent à l'arrêt de l'ascenseur et à la construction en amont d'une grande écluse des Fontinettes, mise en service le 16 août 1967 ; longue de 144 m, large de 12 m et profonde de 13,13 m, elle peut, en un temps comparable à celui de l'ascenseur, faire passer six péniches de type Freycinet contre deux pour l'ascenseur, et sert aussi bien les mariniers que les plaisanciers. Des travaux de 2009 à 2013, destinés à permettre la navigation des bateaux de grand gabarit de la classe Va sur le canal Dunkerque–Escaut, ont nécessité le relèvement du pont ferroviaire de la ligne Saint-Omer–Hesdigneul et des adaptations sur l'ascenseur protégé : relevage des sous-poutres des cuves (60 cm côté aval, 65 cm côté amont), retrait d'amiante, vérinage des cuves, remplacement des appareils d'appui et remise en état des parements extérieurs. Les ascenseurs hydrauliques du canal du Centre en Belgique, de même type, sont quant à eux toujours en activité. Le site est desservi en saison, de mai à septembre, par le Chemin de fer touristique de la vallée de l'Aa, qui propose un parcours commenté par des bénévoles sur quinze kilomètres entre Arques et Lumbres. Un projet de rénovation de l'écluse, estimé à environ 200 millions d'euros et lié au canal Seine‑Nord Europe, prévoit la réalisation d'une écluse à double sas de 145 m avec un dénivelé d'environ 13 m, associée à quatre bassins d'épargne, une nouvelle conduite pour usages agricoles et industriels, deux garages de 200 m en amont et en aval, un nouvel accès routier et une emprise totale d'environ huit hectares ; ce chantier est envisagé pour démarrer en 2027 ou 2028 et durer cinq ans.